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18.01.2005

André Nganguè : Un patriarche à l’antenne 

Léger Ntiga

A 85 ans, le vieil homme de radio et dignitaire sawa intervient dans plusieurs stations de radio à Douala.

Sur les ondes, comme à l’écouter du dehors depuis sa résidence au quartier Bonebong à Akwa (Douala), il est le sosie vocal de Henri Bandolo (Hb). Normal. André Nganguè est le père de l’autre et se dit fier d’avoir cependant le même timbre vocal, la même diction et articulation que "ce journaliste de renom". Tous les matins à partir de 6h30, sur les ondes de Radio Equinoxe, les auditeurs suivent les pronostics hippiques du vieillard qui, aux dires de nombreux parieurs, est lui-même un inconditionnel des offres du Pari mutuel urbain du Cameroun (Pmuc). Dans trois ou quatre autres stations de radio, il anime des microprogrammes. C’est avec un zeste de nostalgie que les quadra, quinqua et sexagénaires, auditeurs de l’époque où il fut journaliste et chef de station de Radio Cameroun à Douala avant de devenir le délégué de l’Information et de la Culture pour les provinces de l’Ouest et du Littoral avec pour résidence Douala, l’écoutent et admirent "son éloquence jamais entamée et sa grande connaissance du Cameroun et de ses hommes".

Prêtre manqué
A l’occasion des fêtes de fin d’année, comme il le fait depuis quelque temps, André Nganguè était à l’antenne pour retracer l’historique des fêtes religieuses. Nostalgie? Que non! "Pour moi, c’est un exercice de partage et une grâce. Je suis âgé de 85 ans. J’ai l’âge du Pape, pour ceux qui l’auraient oublié. Nous n’avons pas eu le même parcours certes, mais je fais encore parfaitement usage de ma voix. Beaucoup de mes congénères ne tiennent plus debout, ni ne mènent aucune activité. Si je suis capable de le faire, je le considère comme le témoignage de l’amour de Dieu. Je me dois, pour le remercier, de partager des tranches de mon parcours avec les Camerounais. Et c’est ce que j’essaie de faire", estime "le patriarche du Ngondo". Ce n’est pas la seule activité de l’heure de André Nganguè. "J’ai passé toute ma vie à travailler dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information que je ne saurais plus quitter. Lorsque je me réveille à 05h, je mets ma radio en marche. Après ma douche, il faut regarder comment va le monde à la télévision avant de lire la presse du jour. Je suis par ailleurs très sollicité par les étudiants et autres hommes de culture, qui viennent me consulter pour divers sujets", retrace-t-il ses jours qu’il dit assez dépouillés.

De son vrai nom, Kwa Elamè Nganguè André, derrière son bureau à son domicile au quartier Bonebong à Douala, très casanier, il a pour compagnons de route un poste radio, un poste de télévision et quelques quotidiens locaux. Ce matin du 04 janvier 2005, il repasse les publications du jour, sur les courses hippiques. Sans lunettes, ce prêtre manqué aligne des combinaisons et cases sur une série de feuilles. Dans un calme complet, on le dirait seul dans ce vaste appartement dont la salle de séjour est meublée d’un salon, de son bureau installé au centre de la pièce, de deux armoires, d’une salle à manger et d’un divan. En face de son bureau, sur une armoire située à l’entrée gauche, un tableau avec son portrait en fond, lui est dédié en hommage sur la forme d’un poème définissant chaque initiale de son nom. Tout à côté, deux autres portraits: le sien propre et celui de Henri Bandolo, ce fils qui, sur les dix qu’il a donnés de ses deux ménages, l’a suivi dans la voie du journalisme. Véritable bibliothèque vivante, André Nganguè parle des hommes, des faits historiques, de la culture générale et surtout du parcours du peuple sawa.

Né le 14 août 1920 de Jean Elamè Nganguè et Jeanne Moukouri, André Nganguè affirme être le seul fils d’Akwa à avoir gardé sa concession au quartier de son enfance, Bonebong après l’expropriation de la fin des années 50. "A l’époque, la condition pour rester ici au cœur d’Akwa était de se construire en dur. Et j’avais déjà cette case à laquelle je n’ai apporté que des retouches au fil des ans". Entré à l’école catholique de Douala (aujourd’hui St Jean Bosco), il obtient le Certificat d’études primaires et élémentaires au petit séminaire St Tarcisius d’Edéa en 1933. L’année suivante, il est transféré au séminaire St Joseph d’Akono. Au terme de six années d’études, le voici au grand séminaire St Joseph de Mvolyé où des prêtres bénédictins lui inculquent les notions de partage, d’adresse et surtout la bonne formule.

Mais de santé fragile, il est retourné à ses parents "car, le prêtre de cette époque qui est parfois appelé à faire des dizaines de kilomètres à pied,

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doitêtre un homme robuste. La note qui le renvoie à sa famille indique alors qu’il "manque de vocation". Sans perdre de temps malgré la déception, alors qu’il a 20 ans, le jeune André Nganguè devient moniteur à l’école de la mission catholique de Douala. Deux après, il est reçu au concours en qualité d’écrivain et interprète de la région (préfecture). Toujours en quête du mieux-être, il présente le concours des agents d’exploitation des Postes et Télécommunications. Reçu, il est affecté à Yaoundé et il rêve d’exercer à la radio. Dès que l’occasion lui est donnée, il passe le concours d’admission à la radiodiffusion où il exerce pendant deux ans.

Journaliste pour la vie
Convaincu qu’il est désormais journaliste pour la vie, il entre à l’école de la radiodiffusion à la Maison Laffitte de France, une filiale de la Société radiophonique de la France d’Outre-mer (Sorafom) qui deviendra, plus tard, l’Office de coopération radiophonique africaine (Ocora). Ici, il obtient un certificat d’animateur de programmes. De retour au Cameroun, en 1959, il est un témoin privilégié de l’indépendance du Cameroun, le 1er janvier 1960. "J’ai eu l’honneur d’interviewer à l’occasion le secrétaire général de l’Onu de l’époque, Dag Hammarskjold". Son séjour au Cameroun est cependant de courte durée, puisqu’il doit repartir aux études en 1964. Cette fois, il doit se perfectionner à l’Ocora. Au terme de cette formation complémentaire, il retrouve la radiodiffusion en 1966. Il est nommé chef du service des Programmes en 1968. Nommé chef de station de Radio Cameroun à Douala, il devient le délégué à l’Information et de la Culture des provinces du Littoral et de l’Ouest (dix départements au total) en 1970.
Jusqu’à son départ à la retraite en 1981, il est délégué provincial à l’Information et la Culture pour le Littoral à Douala.

"Je dois préciser que depuis mon départ à la retraite en 1981, je jouis de ma pension et, pourtant, je crois avoir servi mon pays avec dévouement dans mon domaine", précise-t-il un air agacé mais, fier de lui. Chrétien catholique pratiquant, André Nganguè affirme que la prière occupe une grande place dans sa vie quotidienne. Normal! Il est, pourrait-on dire, le fils du maître. "Je suis le petit-fils de André Kwa Mbanguè, le premier chrétien catholique camerounais. Baptisé à la paroisse Ste Odile de Lielberg en Allemagne en 1888, André a eu l’honneur et le privilège d’introduire le catholicisme au Cameroun. C’était un apôtre laïc qui a conduit les prêtres palotins qui fondent Marienberg dans le département de la Sanaga-Maritime". Parallèlement à ce culte, André Nganguè est un initié de la culture sawa. Notable et personne-ressource de premier plan dans cette communauté, il a la capacité grâce aux épreuves bravées au cours de son initiation, de communiquer avec "ceux qui sont morts".

Pour lui, cette communion lui donne en partie d’être toujours en vie et toujours aussi alerte. Cette double source spirituelle ne serait pas l’unique secret de sa relative bonne santé, s’il n’ajoutait l’hygiène de vie. "Je n’ai pas de prostate, pas de diabète, encore moins l’hypertension artérielle. Je souffre des arthroses qui sont liées à mon âge. Je n’ai jamais connu d’excès de ma vie. Sans dire que je suis adepte de la sagesse de Silène, je suis le sage qui se contente d’un peu d’eau, un peu de paille, un peu d’argent, un peu d’amour et d’amitié pour vivre". Très fier de sa progéniture qui, de son point de vue, est une réussite, il se félicite d’avoir donné naissance à dix enfants dont neuf en vie aujourd’hui. "J’ai eu mes deux enfants, Guy Dieudonné Onana et Henri Ondoua Bandolo de mon ménage avec Justine Bandolo, une fille beti (éwondo).

Si le premier est resté effacé, Henri, qui m’a suivi dans le journalisme et qui, après avoir gravi tous les échelons, est devenu ministre de l’Information et de la Culture en 1990. A sa mort en 1997, il était presque connu de tous les Camerounais. A côté de mes enfants, il y a mes nombreux petits enfants dont certains sont le fruit de mes huit autres enfants issus de mon second ménage avec mon épouse actuelle, Clotilde Ndedi Wangue Eboke, une princesse Boneleke à Akwa". En somme, une vie familiale bien remplie. André Nganguè ne se connaît cependant pas de vie politique malgré son intense vie publique. "Je ne pratique pas la politique. Mais c’est la politique, elle, qui me pratique. Je ne fais partie d’aucune formation politique du Cameroun d’aujourd’hui. J’observe et vis cependant les événements de la scène comme un Camerounais averti", se contente-t-il de dire, d’un air amusé.
 

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