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26.05.2006

SAWANITE: Le printemps de la conscience Sawa ou l’appel au sursaut mémoriel 


Le traumatisme de l’âme Sawa est, on le sait désormais, en partie imputable au silence. Le silence sur les souffrances et sur les atrocités commises sur les populations camerounaises du golfe de guinée, s’accompagna aussi du silence sur l’héroïsme de courageux enfants Sawa. Ce silence qui enfoui tout et qui ne guéri rien est passé depuis longtemps du rang de placebo mémoriel à celui de somnifère culturel. Nous sawa d’aujourd’hui, payons le prix fort des motus d’hier. Ni des messages, ni des valeurs rien ou presque ne fait plus partie du menu des legs. Or les sociétés, quelles qu’elles soient, se maintiennent parce que dans leur turn over elles sont à même de transmettre d’une génération à l’autre leurs principes et leurs valeurs.

A partir du moment où elles se sentent impuissantes, ou ne savent plus ce qu’il faut transmettre et se reposent sur la génération suivante, elles sont malades. Comme bien des sawanautes avant moi, je corrobore à l’idée que ce diagnostique est le nôtre et qu’il faut donc agir vite et maintenant.

Sous le prétexte bienveillant du maintien de la structure économique et surtout de celui de la paix sociale et civile, une certaine utilisation de l’institution républicaine a continué à pérenniser le culte du mutisme imposé par les puissances colonisatrices. Autrement dit, la métropole a fait admettre sa stratégie de l’oubli forcé au mépris des risques de troubles identitaires et d’aliénation de la réflexion. De son côté, le Cameroun de nos parents dans son suivisme maladif continué à éviter des sujets qui fâchent. A être attentiste sur les solutions de fond sous la pratique des dérobade de toutes sortes. Combien de fois le public sawa s’est pâmé devant les talents orateurs de nos successifs Ministres de la culture qui emberlificotaient nos assemblées traditionnelles dans des formules confuses afin de noyer leur poisson. Parfois subjugués par le regard tutélaire de nos commis de l’Etat, certaines élites n’ont existé que par leurs applaudissements. Evidement, le mythe de l’Etat providence a conforté nos mandataires dans leur naïveté à attendre de l’’’establishment’’, l’illumination sur le passé sawa. Et tout cela est bien triste.

A côté de ce Sawaland qui a avorté d’infinies alternatives d’évolution du fait des supplices infligés à ses populations par l’Etat colonial, il y a avait des hommes et des femmes dépossédés de tout et surtout d’eux même ; des familles totalement disloquées ; des jeunes gens déportées ou tout simplement fusillées.

En marge de tout cela et de façon incongrue, les ‘’bienfaits’’ des multiples colonisations continuent d’inonder les cahiers en double lignes des pauvres écoliers de Yabassi à Kribi , de Mbanga à Mouanko en lieu et place des répressions violentes, injustifiées et injustifiables. Et tout cela a même été enseigné comme on apprendrait la prière de l’angélus sans savoir l’écrire!
Jusqu’ici, presque toutes les littératures Sawa ont été balayées avec une rigueur et une régularité de métronome. On y a souvent essoré rapidement leur portée pédagogique en y écrasant tous les poncifs nauséabonds. Au Cameroun, bien souvent, tout fait farine dans le moulin de la réprobation.

La ‘’barbarie civilisée des colons’’ (pour reprendre l’expression d’Aimé Césaire) aidée par une certaine complicité républicaine à même relégué nos jolies langues au simple rang d’idiomes vulgaires. Combien de ménage à Douala, à Nkongsamba, à Edéa et ailleurs n’ont pas trouvé honteux l’apprentissage de nos langues aux enfants ? La pratique du Français en tout lieu dans certains ménages a même eu le prestige d’être recommandé comme un levier pour la promotion sociale. Tout cela on le sait désormais était une fuite d’un passé et d’une nature que certains croyaient honteux à porter. Derrière leurs belles tonsures excentrées à la raie imposante, nos grands parents s’identifiaient manifestement aux casques coloniaux et aux mèches blondes de leurs prétendus ancêtres Gaulois et Celtes. La fiction, à un certain moment de notre histoire, a du dépasser la réalité.

Entre la colonisation commencée il y a bien longtemps (et dont on attend toujours hélas le terme) et la mondialisation dite des échanges d’aujourd’hui, les intérêts des occidentaux ne nous on pas donné le temps nécessaire de la gestion psychique du bouleversement social et sociétal. Toutes nos tentatives de ce qu’il convient d’appeler la ‘’résistance culturelle’’ se sont effrités comme des châteaux de cartes sous le poids de l’émulation et de la hiérarchisation des atrocités du monde. La sous-évaluation de ce tsunami colonial (à quelques exceptions littéraires près) produit aujourd’hui des effets de révolte qu’il serait maladroit de nier. Il y a désormais dans l’entité sawa une recrudescence des regards critiques qui devraient, je l’espère, nous inscrire dans une marche forcée vers la vérité et le rétablissement de l’honneur perdu.

Traditionnellement, les options qui s’offrent à tout Etat soucieux de la réconciliation nationale, intercommunautaire et intracommunautaire sont au nombre de trois :

1) la voie du droit et de la justice avec pour exemple, le TPI rwandais ;
2) la voie du cœur et du pardon avec pour exemple, les tribunaux populaires de réconciliation Sud-africains ;
3) la voie de l’amnésie forcée, celle de la lâcheté et celle qui compte sur l’usure du temps pour faire oublier les blessures du passé. Et que des pouvoirs publics peu imaginatifs espèrent être une voie fonctionnelle de la consolidation républicaine.

C’est malheureusement cette troisième et moins reluisante option qui nous est depuis toujours apposée en guise de solution.

Il est évident que le plus souvent se pencher sur le devoir de mémoire c’était avant tout se pencher sur une mémoire douloureuse dans l’espoir d’une reconnaissance, d’une culpabilité, d’une faute et dont d’un pardon solennel. C’est une conception judéo-chrétienne qui a jusqu’ici fait son chemin dans le cadre de diverses réparations et que je ne mettrais donc pas en cause aujourd’hui. Seulement, pour nous Sawa, il me semble qu’il faut aller plus loin et explorer entre autre deux pistes :

a) C´est-à-dire, dans un premier temps, lutter contre l’oubli en donnant une dimension éducative, pédagogique à chaque évènement commémoratif et à chaque figure de la Résistance. C’est par exemple rendre l’histoire questionnable par tous afin de la rendre intelligible pour tous. C’est aussi décriminaliser et ‘’détaboutiser’’ l’accès à la véridicité du souvenir et du fait historique. De manière résumée c’est : le ressassement du passé, sa connaissance ensuite et sa transmission pour plutard.

b) La deuxième piste que je suggérerais est la dimension morale que revêtirait le devoir de mémoire. Se souvenir des martyrs Sawa quels qu’ils soient, devrait être avant tout se rassembler, d’espérer ensemble et surtout dégager les lignes- forces de ce qu’il convient d’appeler le résistancialisme qui nous est propre. Cette retrouvaille hélas par la tragédie est aussi le seul gage pour lutter contre la concurrence des mémoires au sein même de notre famille Sawa. Il n’ y aura aucun bénéfice à ce que notre action, notre rendez-vous avec la mémoire devienne comme la télévision française. C´est-à-dire le théâtre des armées. Où au moindre vocable d’opposition d’idée, certains débatteurs qui estiment être des opprimés naturels du monde réagissent comme agressés ; parlent hâtivement d’opprobre et font suivre une avalanche de réactions à la Radio. Nous devrons donc, dans la mesure du possible, épargner aux administrateurs de ce site l’inspiration insolite de mettre sur pied une cellule de soutien psychologique pour chaque article posté.

Que soit vaine toute recherche du scoop ostentatoire sur notre travail de mémoire ; Mais qu’en revanche l’émerveillement suite à la vérité surplombe l’avidité de l’émotion stérile. Ce travail, mes frères, est aussi un moyen adéquate de définir les usages et les mésusages du contenu de notre passé et de ce que nous souhaitons voir nous même ‘’oublier’’. Comment peut-il être acceptable qu’on irrigue dans nos veines une amnésie doucereuse voire une conscience paisible ou apaisée vis-à-vis d’un passé tout aussi riche que douloureux.

Chers Sawa, à quoi bon accepter l’apaisement étatique de l’Histoire par les non-dits au risque même de l’ignorance de la souffrance du Sawa d’en face ou d’à côté.

Personne dans notre bien aimé Cameroun n’est investi du droit divin de cacher ou de déformer la vérité. Nous devons sonoriser le silence de ce passé afin de l’assumer dans toutes ses dimensions. Il y a en ce moment, Dieu merci, beaucoup d’idées dans ce sens. Les rivières de l’apprentissage du passé ruissellent déjà par les dénonciations bienvenues des uns et des autres sur ce silence. Ces rivières doivent être remontées vers leur source. Le retour à la source, c’est aussi cela la Sawanité.

Tous les projets mes frères ne sont pas forcément de nature marchande et ne revêtent pas toujours un aspect comptable (même s’il est aussi souhaitable qu’il y ait des projets entrepreunariaux). Pourquoi faisons nous l’économie de notre engagement civique lorsqu’il s’agit de la survie et de l’unité de notre peuple Sawa ? Aucun patriotisme à ce que je sache n’est côté dans une place boursière. Pourtant les plus-values de tout engagement social ne se comptent pas à l’aune du temps mais bien à celle de l’éternité. Que penser de ces élus Sawa qui envers et contre tout intérêt communautaire tissent des alliances contre nature au grand dam de leurs électeurs pour de maigres retombées pécuniaires. Des mésalliances de pacotille qui concourent à nous maintenir otages des velléités matérialistes et qui n’arrangent pas les choses. C’est encore la preuve que l’engagement politique est à l’élu Camerounais ce que la messe est à la foi : Dans le fond, les raisons d’y aller sont sublimes, dans les faits, ce n’est pas aussi clair. On y vit souvent les mêmes travers, les mêmes intérêts, les doutes, les mensonges et à la porte de cet engagement, la défaite électorale. Et toujours réélection cinq ans après.

Parfois même au charme de la conquête excessive du pouvoir succède souvent l’appétit des honneurs et du sacré : certains de nos maires et députés réclament même souvent de force la chefferie leur contrée. Histoire probablement de remettre une dernière touche sur leur horrible plan de dégradation. Comme si dans la dernière carte politique de ces éternels candidats, il leur restait encore un crédit de nuire qui restait jusque là inutilisé. C’est dommage que rempiler soit pour nous synonyme de progrès à rebours.

Sans doute, dans ce pays, n´aura-t-on jamais été aussi près de la contradiction dans ce qu´elle a de plus humain. C’est ce travers dans l’engagement citoyen qui, tel un secret enténébré, souffre difficilement d’être mis en lumière. C’est cela qui, comme beaucoup d’entre vous me chagrine, m’agace mais heureusement, ne me casse pas.

Des fois, il faut faire le don de soi, toucher les cendres de sa propre fierté, pour savoir qu’elles vous maintiennent en vie malgré tout. Mes frères et sœurs, il y a dans nos vies des sentiments qu’on désire, d’autres que l’on fuit, et ceux dont on rêve. Vivre aujourd’hui à Douala conjugue parfois toutes ces occurrences.

Qu’on soit de la diaspora ou qu’on soit résident dans notre magnifique ville portuaire nous amène à voir l’ineffable :
Comment ne pas s’étonner de ces lupanars communément appelés ‘’vente à emporter’’ où on ne parle que de ces Euros qui donnent un peu d´espoir et beaucoup d´illusions. De ces minettes en jeans ultra moulants, qui ressemblent à des clones de Lorie ou de Britney Spears sans véritablement susciter le moindre émoi. Cosmétique, épilation, manucures, fitness, liposucions : la société de consommation ne leur laisse pas le choix. Désormais plus moyen d’être moche au pays.

Malheur à certain s’ils sont voisins immédiats des dancings. Dans ces boîtes de nuits où, musique à fond la caisse, loin du carcan de l’honneur et de la tradition, les garces flirtent à tout va. D’autres, celles qui ont gagné une place dans la jungle du trottoir, croient certainement l’être provisoirement. Mais dans leurs répétitives équipées nocturnes, où elles se prêtent souvent des robes, cela devient définitivement un provisoire qui dure. C’est à chialer !

C’est aussi là que toutes les stratégies de drague s’élaborent et que pendant quelques heures, le poids des interdits familiaux et sociaux perd de son intensité. Pour ces jeunes filles portées aux ruades par les incertitudes de leur condition, c’est un moment rêvé. Avec leurs poses suggestives, elles ne seront pourtant que le fantasme pour leurs prédateurs. Des filles vénales et faibles comme les touristes étrangers les aiment bien.

Elles se maquillent avec soin et se changent. Les lèvres grossièrement badigeonnées de rouge à lèvre elles deviennent subitement attirantes comme un fruit défendu. Et, suintant quelques parfums capiteux, elles ressortent outrageusement provocantes, le nombril à l’air, haut du string bien en vue, téléphone portable attachés à une chaîne en plaqué or ou glissé dans la ceinture de la minijupe. Des téléphones cellulaires aussi minuscules qu’en téléphonant, on croit se mettre la puce à l’oreille. Puis elles dansent bras en l’air, hanches en circumduction et regards aguicheurs. Étonnements libres de leurs corps, de leurs désirs malsains. Sous les hachures des stroboscopes, les garçons, de leur côté, ne résistent guère.

L’étrange don de soi que les sentiments les plus vifs impliquent est ici monnaie courante. Lentement donc, les bars se muent en bordel puis en cabaret érotique. Tout cela redouble d’ardeur dans la désoccupation des grandes vacances. Pendant que la morale et le civisme sont aussi en vacance.

Ne le refoulons pas, osons le dire dans la douleur : n’est-il pas fréquent d’apercevoir de part et d’autre du trottoir de petites grappes de filles enfantines et trop tôt mûries. Mondanité du plaisir, dans laquelle sont délaissées les gamines ne doit pas nous laisser indifférents.

Pourtant, adolescentes, certaines jeunes filles ambitionnaient de vivre le luxe d’être salariée, elles se consoleront, bon gré, mal gré, dans la luxure d’Akwa.

Ceci montre sans fards et loin des clichés, les contradictions de ces ‘’yoyettes’’ comme on dit au pays. Des filles qui souhaitent au fond d’elles être des individus à part entière, libres de leur corps et de leurs désirs, mais n’arrivent, au bout du compte, à s’en sortir qu’en dépendant hélas des hommes. C’est attristant !

Dans ces établissements de nuits, en présence des jeunes hommes elles se livrent à des marivaudages de toutes sortes qu’il est bon de taire ici. Mes frères et sœurs comment en présence de tout cela ne pas se sentir quasi mal. Comme coincé dans une tubulure de sablier. Pourtant, rien n’y fait, ce quotidien rêvé par les fêtards, fait de cendriers pleins et de bouteilles vides, mugs de thé refroidi, de clappements de mains est celui qui est exposé à une partie de notre jeunesse.

Une jeunesse où être encore pucelles de moins à dix huit ans c’est être s’attirer la commisération tout le quartier comme cela pourrait être le cas d’une infirmité physique. Dans les bahuts, les marques de vêtements comptent plus que les prénoms des camarades. Chez cette jeunesse aussi les jeunes filles sont amoureuses de l’amour et pas d’un être en particulier. Pourtant, lorsque l’une d’elle fait les premières avances, elle ne lâchera pas sa proie avant qu’il ne lui promette le mariage. Et quand survient l’échec, elle erre dans cette difficulté à tourner la page après une rupture. Sujettes alors à des liaisons avec des hommes mariés, elles vivent des instants volés, exaltants peut-être, mais promesse de tristesse et de frustrations. Chez nos sisters on est en plein dans les rêves d’amour fusionnel avec un risque de désillusion à la clef. La pression est parfois si forte que les hommes, loin d’être irréprochables, s’enfuit, terrifié.

Si les apparences sont souvent trompeuses, toutes les évidences ne sautent pas forcément aux yeux. Certaines d’ailleurs réclament qu’on sache prêter l’oreille et l’œil. Drapés dans des chemises amidonnées et des costumes droits, à trois pièces, aux tons unis et au repassage aussi strict que l’ultimatum d’une grande puissance, nos jeunes congénères à Douala comme à Paris s’inventent des vies qu’ils ont patiemment forgé dans le mensonge. N’allez surtout pas croire qu’ils ne font pas de victimes en ville ou en boîte de nuits.

Justement à l’intérieur de ces tripots mondains de Douala on peut discrètement entendre un abonné, son coeur battant la chamade, dire à une serveuse aux formes généreuses, de lui faire oublier, pour un soir, qu’il est père de cinq enfants. Des gougnafiers qui n’arrêtent pas de se saouler de gnôle dans ces bouges. Dans ce climat pestilence, une bagarre ne manque jamais pas d’éclater entre jeunes retraités, susceptibles, peu habitués à l’oisiveté de la nuit et les habitués des lieux.

Le jour de la paie, comme en pleine prohibition dans l’Amérique des années trente, des bars de la rue de la joie deviennent de véritables foires aux bagnards. Entre cirrhoses aiguës des uns et les diabètes incurables des autres, les cancéreux du poumon s’invitent eux aussi, inconscient pour certains de leurs condamnations à brève échéance. De toute façon comme ils le disent eux-mêmes ‘’il vaut mieux mourir d’une mort griffée que de sida’’ . puis ils continuent à brocarder allègrement l’univers des politiciens. Tant pis ils l’auront mérité.

Boudiné souvent dans le Jélabah (Ebouba), des riches commerçants venus du grand pays voisin, toujours entre deux ‘’33 export’’ et plus proche de la seconde que de la première ont l’habitude de payer leur consommations en exhibant des liasses à pousser n’importe qui à l’agression.

Cendrars ne nous a-t-il pas dis que ‘’ les bars de nuit sont plus dangereux que la mer ’’. Dans ces abominables beuveries de notre ville, les filles sont payées au bouchon. Les clients quant à eux, sont des bambocheurs naïfs qui s’imaginent être aimés pour eux même devant ces filles en goguette qui s’éclatent sur les notes de frais.

Ces boites de nuits, faut il encore le dire, sont fréquentées aussi par de hommes ayant souvent poursuivit une terne carrière de fonctionnaire avant d’entreprendre une brillante carrière d’ivrogne. Certain d’entre eux ne dégrisent sur place que le lendemain midi. D’autres, plus résistants, font le trajet retour à bride abattue au mépris de leur sécurité. Puis le lendemain on recommence. On s’invite les uns les autres, on évoque le vieux temps, mais le cœur n’y est plus que pour les infarctus. Autrefois, ces bonhommes choquaient leurs parents aujourd’hui ils choquent les verres d’alcool. C’est aussi cela les Camerounais du Renouveau.

C’est peut être aussi la raison pour laquelle nos mamans, ravagées par l’angoisse trouvent de plus en plus le réconfort dans des assiduités paroissiales.

Pensons un autre avenir pour ces jeunes, livrées à la surenchère d’obscénité et de la dépravation, qui est malheureusement faite pour les détruire.

Pourtant tous les jeunes sawa ne sont pas nés sous une myriade de mauvaises étoiles. Dans le cas de certains, les bonnes fées se sont même penchées sur leur berceau leur ouvrant la porte de bonnes écoles confessionnelles (Ndounguè…). Pour d’autres aussi on dirait que, l’ange du bizarre a déployé ses ailes et sonné sa trompette dans les leurs oreilles faisant d’eux des êtres tourmentés, vulnérables en proie à toutes les convoitises et à une incurable passivité.

Pensons aussi sur un autre plan à restreindre les distorsions sociales. Car au Cameroun cela s’empire, c’est le sommet d’un système qui affleure la cruauté de l’arbitraire.

Je ne suis pas un adepte de la fuite en avant. Et comme beaucoup d’entre vous je ne veux pas reculer devant cette adversité du quotidien. Au Mboa, à Paris, à Bruxelles, à Londres ou même à Milan, certains jeunes hommes, quitte à échapper au présent, préfèrent être une part de leurs mauvaises ambitions. Ils sont à la fois surdoués sur l’escroquerie de masse et en retard sur un tas de choses vertueuses. Pensez-vous que pour ses néo-bandits en col blancs il ne soit nécessaire de rien faire ? L’iconographie des héros de notre histoire ne peut –il pas leur enseigner le contraire de leurs actes sordides ?

Ce n’est le Mboa des quartiers mal famé que je denonce ici .Encore moins celui des coins pisseux .Mais le Mboa où certains énergumènes éblouis par la réussite fortuite de leurs ‘’affaires’’ et de leur ‘’politique’’ nous propose sans foi ni loi le culte de la malversation ou lieu de la spiritualité inspirée du sage passée de nos chefs des années 10. C’est à ceux là que s’adresse mes dards de ce matin. La meilleur couverture sociale d’un individu dans la société des hommes c’est le travail et pas la friponnerie.

Agissons afin que les générations futures ne puissent pas nous ressortir cette terrible phrase de d’Albert Camus : ‘’ Alors qu’ils pouvaient tant, ils ont osé si peu ! ’’

Pensons aussi à la campagne, à ces courageux cultivateurs d’antan qui se sont mués en assistés sociaux. Ils sont si raboteux et ont un air moribond du fait peut être de notre détournement de leur cause. En eux, dans la grisaille du chômage, on cherche vainement des signes de force .Et pourtant, leur force, c’est justement l’insoutenable banalité de l’être.

Sur ces mines de nos oncles, pères ou tantes de Penja ou de Yingui, de Nkondjock ou de Dizangue on perçoit des regards qui en disent assez sur la tristesse et la terreur d’un complet abandon de l’Etat et de la société...

Dans ces zones recluses, le seul espoir de travail à l’horizon c’est souvent l’installation d’une unité Industrielle par les enfants ressortissant du coin. Ce qui suppose aussi l’installation permanente d’un médecin dans le village qui soignera d’abord les accidentés et les travailleurs impaludés. Mais comment convaincre un médecin Camerounais qui se respecte d’aller se claquemurer dans un trou perdu de cent quarante habitants, loin de Douala ?

Sommes nous capables d’attendre des Sawa une révolte collective ? Je n’en sais rien. Mais j’espère une réelle prise de conscience et de responsabilités. Attendre des séjournants et des nomadisés sans scrupules de nos villes qu’ils aient un regard débonnaire et qu’ils se préoccupent de notre sort, est aussi inutile qu´installer des parachutes sur des paquebots. Nous ne sommes pas un ramassis de trouillards et nous ne devons pas vivre notre condition comme un sacerdoce, englués dans une passivité à tout crin. Non !

Mes frères nous ne sommes pas ces hommes et ces femmes qui pourraient aller jusqu´à rire quand ils se coincent les doigts dans une porte. Il n’ y a pas de raisons d’être épinglés comme le sont les papillons, à un fauteuil de souffrance. Nous Sawa ne dénonçons que très mollement l’abomination de n’être qu’un quidam parmi tant d’autres face à l’inacceptable. Pourquoi ?

Heureusement qu’aujourd’hui quelques vives voix s’élèvent déjà pour dire non à ces tripatouillages politiciens au sein des cités Sawa. Heureusement que certaines plumes fustigent déjà ces attitudes indignes aux confins de la démission.

Comme certainement beaucoup d’entre vous je suis pour l’incomparabilité des cultures et donc contre le ‘’benchmarking’’ culturel ; cependant une observation furtive du monde devrait nous conduire à plus de ‘’sawatriotisme’’. Marquer notre dissemblance avec les autres ce n’est pas forcément se laisser vivre au gré des mutismes. Ce n’est pas forcément être arc-bouté sur la providence avenir des générations de demain. Marquer notre dissemblance avec les autres c’est initier permanemment des actes de bravoures. C’est même refuser cette logique même de la léthargie et de l’inertie que certains, avant moi, ont précisément dénoncé sur cette toile. Oser et même initier des projets avant-gardistes utiles ont de tout temps été ces valeurs ajoutées qui font la différence entre les grands peuples et les autres.

Notre sous-représentativité dans les hautes sphères décisionnaires de la République ne peut pas justifier le manque d’initiatives de certaines élites et de certains regroupements traditionnels à œuvrer dans le devoir de la transparence avec l’esprit originel du service public. Si nous sommes une minorité ethnique, évitons au moins d’être une majorité silencieuse.

Voici déjà des dizaines d’années de suppression, d’arrachement, d’abrasion des figures marquantes des Résistants Sawa, des dizaines d’année d’ignorance sur des déportations et des crimes… Tout cela est en voie d’oublie et même d’effacement. La maladie d’Alzheimer aura dans notre Sawaland un ravage collectif si rien n’est fait dans le sens du témoignage, de la consignation et de la transmission historiographique.

Moi, Mandjomb’ a Bossambo, enfant Sawa du Cameroun, je me fais aujourd’hui l’échos de vos dires suite à vos réactions encourageantes sur le projet d’Historial de la Résistance Sawa. En retour permettez moi de vous susurrer fraternellement ceci dans le creux de l’oreille :

Mes frères côtiers, quarante ans, cent ans ou même trois cents ans de mésestime des occidentaux à notre endroit ne représentent pas grand-chose ; même pas le temps d’une sieste à l’échelle géologique du monde .Mais c’est suffisant pour commencer une fossilisation sous terre de la vérité sur leurs exactions. L’heure du droit de savoir n’a t-il pas sonné mes frères ?

J’en appelle vivement au début de transformation d’une certaine idée du passé. Il faut donc changer les choses et d’abord la position de notre rétroviseur. De notre regard vers le passé. Il ne s’agit pas comme on pourrait le croire d’un simple maquillage cosmétique de nos moyens de revendication. Mais, plus profond encore, d’une mutualisation de nos peines, de nos joies, de nos moyens d’actions et dont par conséquent de nos espoirs. L’hypothèse d’une mise sur pied d’un historial (ou d’un e-Historial comme voudrait d’abord certains) n’est pas la seule voie, loin s’en faut, c’est simplement un moyen efficace comme un autre pour un dépassement de la haine, des traumatismes et pour une réelle conscience historique des Côtiers du Cameroun.

Notre vie doit être comme notre histoire c´est-à-dire comme celle d’une herbe qu’on n’arrache pas à la terre sans déchirement. Nos convictions doivent être fortes au point d’être de véritables racines. Et comme je l’ai souvent cru mes frères et sœurs, si nous voulons donner du sens et des perspectives dans la valorisation de ceux qui furent nos Consciences Communautaires (Douala Manga Bell, Ngosso Din, Chef Madola, Ebuè Etongo, Ndjondje ya Ebadane… Abel Kingue), ceux là même qui ont payé de leur existence pour nous, nous devons être ordonnés et sincères dans cet exercice de rachat. Exercice que j’appelle de mes voeux par la mise à disposition en ligne des récits sur l’Histoire Sawa. Le code de notre régénération et de notre dignité restera en partie énigmatique pour nous Sawa si nous nous ne revêtons pas notre tunique de Champollion qui est enfouie dans nos bagages.

Maître Doualla Moutomè dans son agenda chargé a su dégager du temps pour nous. Il est même allé bien au-delà. Car il a même su troquer sa robe d’avocat et ses honorables attributs de Chef traditionnel pour revêtir courageusement et de manière utile cette vareuse d’éclaireur.

Pr Njoh Mouelle à, de son côté, su nettement et magistralement se démarquer de la statue de penseur de Rodin que ses détracteurs lui prêtent injustement pour nous monter qu’il est un véritable tailleur de pierre dans la cité, un guerrier au service la dignité humaine et dont forcément, au chevet de la condition Sawa.

Dr Paul Menessier Ngallè, dans sa feuille de route est resté fidèle à sa réputation d’homme intègre. Il a su, à l’instar de tout sage, rester au plus près de la propension des choses par la force de ses propositions.

Nous avons là des exemples non exhaustifs de serviabilité. Leurs attitudes magnanimes devront forcément faire école dans nos esprits. Tenons en compte.

Maintenant a bona bam , cherchons ensemble ce sésame qui ouvre le portillon de notre passé à nos enfants. Cherchons ce fil d’Ariane sans lequel rien n’est durablement bâtissable. Il n’ y a ni le temps du deuil, ni celui de la jouissance. Travaillons et n’aspirons pas au repos.

Que l’océan nous épargne de la terreur de ses flots.

Mboa hu o boho
Très Fraternellement
Mandjomb ‘a Bossambo

Suggestions bibliographiques

Esclaves et planteurs (Michel Favre ; Ed Juliard, Paris 1970)

L´ombre de la mort plane sur les "MBO" de la rive orientale du MOUNGO"
(Par EPEE EKAH Michael avec la collaboration de Patrice NGOLE et de AHIETON Simon, Dr ETAME EWANE, H.C. ESSOH NGOME,)

Le Pharaon inattendu (Mouelle Thierry, Menaibuc ,Paris 2004)
 

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