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09.08.2006

Le “ Ngondo ” et la “ Civilisation de la croix ” 

Vouloir masquer la réalité historique avec tant de culot sans réagir, est une insulte à l’intelligence et nous rend coupables devant l’histoire de notre peuple.

Le processus de “ Mise en bière ” du “ ngondo ” a débuté quelque temps avant sa naissance. Il était accompagné par la “ culture ” de l’esclavage, les velléités de la barbarie coloniale et particulièrement en tant que tête de pont, par la “ Civilisation de la croix ” ; plus tard, elle devint la “ culture de la croix ” ; celle qui infiltra toutes nos structures traditionnelles pour les déstabiliser et les aliéner. Méthodiquement, avec patience et adresse, cette nouvelle “ culture ” imposa ses langues importées au détriment des nôtres qui furent interdites. “ Nyambé ”, notre Dieu unique, invisible mais tout-puissant, devint suspect au profit de “ Dieu de la croix ” pourtant très éloigné de notre religion de l’oralité et de nos croyances séculaires.

Aujourd’hui, ce processus d’enterrement du “ ngondo ” se poursuit mais sous des habillages différents ; le “ ngondo ” se trouve désormais avec le label “ assemblée traditionnelle du peuple sawa ”.

Ça ne veut rien dire, mais ça dit tout !…

D’ailleurs ce genre de subtilité intellectuelle n’intéresse plus personne d’autant que la “ culture du ngondo ” est déjà très acculturée…

Peut-être, faudrait-il trouver un exégète qualifié pour nous éclairer sur la racine et les contours du mot “ culture ” ; nous rassurer si les concepts de “ patriotisme ” et de “ nationalisme ” sont des notions de “ culture ” avérées ne pouvant souffrir le moindre bannissement.

Après quoi, plus rien ne s’opposerait d’engager sereinement le “ débat de la culture ” et de parler en toute liberté de l’inculturation provoquée par la “ colonisation civilisée ” ; celle qui, officiellement légalisée en novembre 1884 à Berlin, a fait de nous, des “ esclaves modernes ”, triés dans de vastes “ marchés d’arnaque ” où la possession du “ Nègre ” était synonyme de puissance et grandeur civilisatrices…

Parler de “ culture ”, c’est invoquer sans passion ni faiblesses les dégâts en tous genres causés par l’atroce colonisation occidentale dans notre pays ; c’est soulever des tas de questions que nous nous refusons toujours à répondre par peur des représailles de nos anciens maîtres et des potentats, qui nous gouvernent. C’est refuser tout “ moutonnement culturel ” venu de l’extérieur ; qu’il s’appelle, mondialisation, privatisation ou francophonie ; c’est dire non à la “ créolisation ” de nos “ valeurs éthiques ”.

A l’époque, il fallait lutter et résister contre l’oppression coloniale ; seul le “ ngondo ” a semblé être la solution et l’espoir.

Parce qu’il symbolisait à la fois “ l’ordre ” et le “ mouvement ” pour la recherche d’un consensus social. Le “ ngondo ” est né de la problématique du Kamerun ” !…

Hier encore, les “ Blancs ” de la conférence de Berlin de 1884, ceux d’avant 1815 et même ces drôles de “ Blancs ” à la peau noire qui s’essayaient à singer leurs maîtres Blancs avant et après 1914, tous avaient le même objectif :
Détruire les “ cultures ” des peuples du Kamerun ; surtout lorsque nul n’ignore que la culture est l’âme des peuples…

Ces “ peuples qui refusent de mourir ”. En effet, ces peuples qui, dans leur espace mythologique, excluent l’éthique de la détresse afin de perpétuer l’existence et la vie.

C’est pourquoi, dans la “ problématique du ngondo ”, l’identification des faits, quels qu’ils soient doit nous conduire à dégager la puissance étymologique du mot “ culture ” ; son ethnologie ainsi que son pouvoir réel de concentration des connaissances métaphysiques des valeurs éthiques et morales de notre humanité traditionnelle.

Le débat

Le Cameroun d’aujourd’hui peut-il véritablement parler du “ ngondo ” sans avoir préalablement recentrer le débat de son “ concept originel ” ? En l’occultant, voudrait-on faire croire à l’opinion publique qu’il s’agit là, d’une vétille culturelle sans importance ?

La pertinence de cette exigence de clarification nous oblige à préciser sans nuance sémantique, si le “ ngondo’a duala ” d’avant 1815 s’était constitué sur la base d’un “ mouvement ” (de pensée) ou d’une (simple) assemblée traditionnelle ? Etant entendu que les deux approches se veulent culturelles et expriment la même préoccupation pour la même “ culture ”…

Afin d’étayer cette ambivalence qui semble fort à propos conforter certains “ Mandarins ” du “ Dimbambé ” sceptiques, je voudrais proposer à cet effet deux indications mémorables.

D’abord le “ repère historique ” de la période épique de l’épopée célèbre de la légende de “ Malobe et Ngo-Minga ” qui participe à l’illustration de l’idée conceptuelle du “ ngondo ” ; en gestation vers la fin du XVIIème siècle.
Ensuite la matérialisation de la volonté de ce “ Mouvement ” par la signature de l’acte du “ traité du 12 juillet 1884 ”. Volonté exprimant une “ logique institutionnelle ” aux fins de bâtir un peuple et une nation souveraines…

Je comprends que la peur des lendemains ait poussé certains à ne plus reconnaître le ngondo comme “ gouvernement ” du peuple sawa ; lui ôtant ses prérogatives d’autorité et de gestion dans tous les domaines. Tapis dans l’ombre des intrigues et de la médisance, ses détracteurs patentés s’acharnent à lui enlever aussi sa qualité exceptionnelle de porte-fanion du patriotisme et du nationalisme camerounais…

C’est pourquoi il ne serait pas vain de savoir ce que renferme l’enveloppe : “ assemblée traditionnelle du peuple sawa ”.
Est-ce une ineptie de plus ou une provocation-piège ? Pour moi, je crois qu’il s’agit d’une “ insulte civilisée ” ; hybride et insipide ; renfermant une bonne dose d’inféodation culturelle à la coloniale.

Par sa stature légendaire et historique, le “ ngondo ” d’avant 1815 inquiétait déjà ; mais nous savons également que par son extraordinaire longévité, son rayonnement, sa fibre patriotique et son nationalisme éclairé, le “ ngondo’a duala ” ne pouvait qu’inquiéter les pouvoirs successifs de la colonisation et ceux issus des gouvernements néo-coloniaux.

C’est ainsi que ce “ mouvement ” patriotique des élites, princes et rois, décida de mettre fin au banditisme ambiant de l’époque ; de codifier et de rationaliser la “ pensée ” sawa ; et par la suite de dénoncer et de combattre les comportements défaillants et déviants d’une société à la limite de la dérive. Dès lors, la “ volonté ” collective ” de ce “ mouvement ”, emprunta résolument le cheminement institutionnel aux fins de créer un Etat souverain.

C’est ainsi que ce “ mouvement ” ou “ ngondo ”, s’assigna par ailleurs des missions de moralisation pour changer les mœurs décadents ; mais initia également des missions spécifiques d’organisation sociale ; d’ordre et de loi ; de liberté et de paix ; de justice et de sécurité ; de développement et d’émancipation des “ sujets ”…

Pour la toute première fois, on vit apparaître une “ logique d’engagement ” porteuse d’autorité et de discipline ; une “ logique ” idéologique et patriotique ayant des objectifs clairs et précis, confectionnés par une méthodologie propre, appliquée et patiente ; résumant un “ idéal ” de vie ; lequel idéal pour survivre, se devait un entourage de structures institutionnelles primaires certes, mais égales à celles de tout “ gouvernement ” légitime soucieux des populations et de ses intérêts publics.

C’est ce qui me fait dire que le “ ngondo ” pouvait ressembler à tout, sauf à ce “ conglomérat ” d’ambitieux et de prétendants aux postes juteux du pouvoir ; ces déviationnistes culturels et ces chantres de la falsification de nos us et coutumes, regroupés de gré ou de force au sein de cette fameuse “ assemblée traditionnelle du peuple sawa ”…
J’avais enregistré dans ma mémoire que le “ ngondo ” de nos ancêtres était bel et bien un mouvement patriotique ; un “ gouvernement ” destiné à servir le Kamerun ; et non cette “ chose ” anonyme “ d’assemblée traditionnelle ”, conçue (peut-être) pour se servir du Cameroun…

La force éthique du “ ngondo ”, sa structuration sociale et la qualité des hommes chargés de le conduire faisaient de lui un “ monstre de conquête ” qui ne pouvait que faire peur…

Dès lors, le “ ngondo ” fut intensément persécuté, inquiété et marginalisé ; discrédité et enfin interdit, par qui vous savez…

Parlons peu, parlons bien !

Ce “ ngondo ” fit si peur qu’à sa renaissance, à tort ou à raison, et par précaution, on ne pût l’envelopper que sous un manteau lourd, étroit et sans valeur culturelle…

C’est pourquoi aujourd’hui nous suivons le mouvement et nous nous contentons docilement de l’appeler : “ assemblée traditionnelle du peuple sawa ”…

Fort heureusement, puisqu’il faut le dire, le président Biya, dans sa lecture du temps, comprit vite l’intérêt qu’avaient le Cameroun et son “ Renouveau ” à faire revivre le “ ngondo ” dans son “ concept originel ”…

C’est ainsi qu’à sa manière, pour “ refonder ” ce “ concept ”, le réhabiliter et le rétablir dans tous ses droits, ils prit l’acte majeur en faisant de Rudolf Duall’a Manga Bell et Paul Martin Samba des héros nationaux…

Toutefois, soulignons que malgré lui, l’acte du président Biya qui se voulait “ culturel ”, s’est retrouvé confortablement assis dans des domaines dits paradoxaux de la politique, de l’histoire, du social voire de l’économie.
Ce qui m’autorise une fois de plus à demander à nos “ mandarins du Dimbambé ” qu’elle est donc leur perception de la “ culture ” ? De quoi ont-ils peur ? Et pour les rassurer d’ajouter que : “ la “ culture ” est fondamentalement d’essence bâtarde et par conséquent il n’y a aucune raison d’occulter les autres disciplines en la circonstance…

L’“affaire ngondo”, puisqu’il faudra l’appeler ainsi, ne sera certainement pas une légende mais une très belle “ aventure littéraire ” qui alimentera pendant longtemps, nos esprits et plusieurs pages de l’oralité africaine.
De cette complexité culturelle, naîtront de nouveaux critiques littéraires mieux armés et plus expérimentés, capables d’expliquer pourquoi notre dialectique culturelle a besoin des concepts de patriotisme et de nationalisme pour être complète et performante.

Même si aujourd’hui encore quelques rares incultes s’ingénuent à trouver des “ cultures de substitution ” au “ ngondo ” ; honnêtement je crois que le “ ngondo ” de nos ancêtres qui procure à tous et à chacun la passion du sol, de la patrie et le droit d’espérer ne s’éteindra pas de ces basses manœuvres de dévalorisation…

Ces “ cultures champignons ” qui naissent par “ scissiparité ” et pour cause, dans nos villages n’ont rien de comparable au “ ngondo ” ; si ce n’est sa dimension folklorique. Par contre, presque toutes germent et fécondent avec des embryons de tribalisme laissés par nos anciens “ maîtres ”.
Ces “ cultures villageoises ” se ressemblent et portent en elles, la “ logique des races ” pratiquée avec brio et complaisance du temps de la colonisation ; “ Aberration culturelle ” ignoble, cruelle et ségrégationniste qui consistait à porter sur nos actes de naissance et cartes d’identité la mention : race Bulu, race Duala, race Ewondo, race Bassa, race Bamiléké, race Haoussa et j’en passe !… Ainsi, la provenance géographique ou l’origine ethnique de chacun, symbolisait sa nationalité. Bref, cette “ logique des races ” qu’on habille aujourd’hui autrement, conserve pleinement sa totale malédiction.

En aucun cas, le “ ngondo ” valeur de rassemblement et de “ culture ” plurielle, ne peut être comparé à ces “ attroupements saisonniers ” de “ fêtes campagnardes ”, ou ressembler à un vulgaire “ fourre-tout associatif ”, folklorique sans objet et sans destination ; totalement dévoyé pour avoir abandonné à d’autres sa souveraineté intellectuelle, son patriotisme et son destin…

C’est pourquoi, il faut d’abord établir la réalité des faits qui voudrait que le “ ngondo ”, valeur culturelle multi-dimensionnelle, ait été généré par la “ problématique du Kamerun ”…

D’ailleurs, c’est à partir de cette précision que le mot “ culture ” lui-même, dans ses fondements requiert sa spécification et sa dimension plurielle ; parce qu’issue des profondeurs sociologiques auxquelles appartiennent des peuples non homogènes par l’histoire, la géographie et les mœurs. Procurant cependant, au “ ngondo ” et à son peuple sawa, l’imaginaire de son “ concept culturel ”, large et profond ; au sein duquel l’amalgame et les comparaisons hâtives ou automatiques sont suspects ; d’autant que le mot “ culture ” peut avoir une perception différente en fonction du pays ou de son espace de civilisation ; c’est pourquoi le “ ngondo ” n’est pas nécessairement le carnaval de Rio ; mais, comme “ culture ”, ressemble à un langage codé qui s’identifie par son “ timbre ” particulier…

La notion de “ culture ” est si vaste qu’on la croirait infiniment immense. Lorsque les “ nganga ” des pays de l’eau ; ceux appartenant aux peuples de l’oralité africaine, ceux du Golfe de Guinée et plus particulièrement ceux du peuple sawa de la côte Atlantique parlent de “ culture ”, ils évoquent essentiellement la “ vie ”, la vraie vie. Celle contenue dans des pôles majeurs qui préfigurent la “ loi de l’existence ”, à savoir : le “ droit à la vie ” et “ la vie du droit ” ; le théorème et son corollaire…

Chez les “ nganga ” (initiés), parler de “ culture ”, c’est parler de la “ trilogie de l’existence ” ; celle qui consacre la relation entre Dieu, l’homme et les divinités ; c’est faire appel à l’espace de convergence et de concentration du dialogue des cultures et celui des connaissances ; le lieu de rencontre et de production des activités intellectuelles de tout ordre ; là où siège “ le mystère de l’humanité ” afin de rendre les ultimes arbitrages sur la vie et la mort de la vie.
C’est à partir de cet instant que la “ loi de l’existence ” ou de l’humanité, répartie en deux pôles de puissance, soumet à son autorité, le cosmos des astres et l’univers des espèces vivantes. “ Nyambé ” étant l’unique “ censeur ”.

Très simplement, soulignons que :

1- Le pôle du “ droit à la vie ” correspond (au théorème), à la notion de droit qui voudrait que toute espèce humaine accède à la (vie totale), sans restriction quelconque en dehors des prescriptions de la “ loi de l’existence ” qui condamne toute discrimination, aliénation humaine contraire à l’éthique des valeurs et morale.

2- Le pôle de “ la vie du droit ” par contre, organise et met en place les structures permettant à la “ loi de l’existence ” d’évoluer dans un cadre idéal. Ce pôle est le corollaire du précédent pôle et explicite la nécessité d’avoir des règles éthiques et morales capables de symboliser toute la panoplie juridique aux fins d’encadrer le “ droit ” du droit à la vie de toute espèce vivante.

C’est pourquoi cette connivence dogmatique dans l’inséparabilité des pôles, fonde notre “ expression culturelle ” ; notre concept culturel et le “ ngondo ” de la culture sawa. Ce qui explique par ailleurs que la perpétuation de la vie à travers la “ loi de l’existence ” s’opère de façon acyclique entre ces deux pôles…




Littérature ou mysticisme culturel

Il est facile de constater que la richesse et la fécondité de la littérature orale tiennent d’abord à la qualité et à la performance des matériaux d’analyse, de pensée et de prospection utilisés ; à leur durée et à leur capacité pédagogique ensuite.

Si au gré des modes des sociétés de consommation, la “ littérature moderne ” épouse en permanence les contours divers et variés de son écriture, la “ littérature de l’oralité africaine ” quant à elle, et à la suite d’une longue compilation historique, a figé son écriture dans l’imaginaire du temps infini et celui du concept pérenne des masques et symboles, mythes et réalités ; ayant pour vecteurs de communication le verbe et la parole opérant dans une symbiose raffinée qui exclue toute rature et toute relecture superflue. Par ailleurs, cette alchimie littéraire n’a été possible que sur la base des fondements historiques d’une pensée déjà élaborée, structurée et codifiée dans l’environnement de nos cultures respectives. Avec beaucoup d’élégance intellectuelle, cette “ résultante ” des valeurs éthiques et du dialogue des connaissances en définitive s’est constituée en une “ symbolique socioculturelle ” mystique ; faisant fonction de “ trait d’union ” ou de “ passerelle ” invisible entre Nyambé, les hommes et les divinités ; elle régit pour le “ ngondo ”, l’expression parfaite de la maîtrise du savoir, du savoir-faire et de la pleine puissance.


C’est pourquoi le “ ngond’a sawa ” s’en sert, sous diverses formes comme instrument hautement performant, capable d’explorer la dimension temps dans les limites de l’infini ; mais également de sonder et de dialoguer en toute quiétude dans l’univers de l’au-delà et dans des domaines inédits des sciences occultes et de la nécromancie. En vertu de quoi ce messianisme culturel m’autorise à penser que :
“ La littérature n’est pas seulement (ou nécessairement) l’art de l’écriture ; mais elle est aussi un procédé initiatique majeur, destiné à l’écriture de la révélation, de la prémonition ou de la prédiction dans l’oralité africaine et celle des peuples noirs du Golfe de Guinée ”.


Si dans nos civilisations de l’oralité les symboles et mythes représentent la force de notre culture c’est parce que les peuples qui refusent de mourrir sont les peuples de vie ; ceux qui entretiennent en permanence leurs dogmes culturels ; le culte des “ morts ”, celui des masques, divinités et sanctuaires nécessaires à l’exigence d’une pensée élaborée et structurée par des valeurs impérissables de la connaissance.


C’est pourquoi la “ symbolique socio-culturelle ” de la mythologie sawa des cultures de l’oralité, intègre harmonieusement des préoccupations diverses de notre société ; règle et gère le cosmos et les humains ; créé et consacre les sanctuaires initiatiques et ceux de la divination ; détermine puis arrête les limites et les repères des civilisations de l’universel ; régule et planifie le cours de l’histoire ; s’il le faut, ralentit ou immobilise le temps pour mieux imprimer la marque du temps sociologique afin que nul n’en ignore.

C’est cette structuration de la pensée orale dans l’imaginaire du temps en tant qu’écriture et lecture que nous assimilons comme valeurs fondamentales de la littérature orale.

Et parce que la notion du temps qui englobe le temps de la vie et le temps de la mort est si immense que tout laisse penser que “ tout ” passe par l’éternité…


Tout comme la réalité irréelle de la vie ou de la mort fait croire à deux logiques qui s’affrontent mais au fond sont complémentaires et liées à deux notions de vie inséparables de notre culture : la vie et la mort ; étant entendu que la mort est abstraite car, après elle, la vie continue…

L’ambivalence de la “ notion de vie ” s’appuie essentiellement sur notre expression culturelle traditionnelle qui ne privilégie ni la vie, ni la mort ; sachant cependant que ces deux logiques forment un “ tout ” qui concoure indéfiniment à la “ vie ”, la vraie vie ; celle que gère Dieu et les divinités immortelles.


Ainsi, la “ logique de la vie ”, continue dans la “ symbolique socio-mystique ” du “ ngondo ”, renforcée par le “ code éthique ” des enseignements du “ droit à la vie ” et celui de la “ vie du droit ” ; retrouve en l’espèce, sa plénitude dans l’expression culturelle des masques et symboles ; mythes et légendes afin de perpétuer la “ vie ” dans l’éternité…
Quant à la “ logique de la mort ”, elle doit se comprendre dans cette “ symbolique ” comme un épiphénomène de la vie ; une vétille existentielle qui représente “ l’éthique de la détresse ” où la vraie vie est absente et rien ne semble annoncer l’aube d’un monde nouveau. Cette “ éthique ” qui décourage et révèle à l’humanité l’impasse de sa vaine vanité à ne pouvoir éclairer à la fois par la politique, la religion ou la métaphysique l’avenir et le passé. Dès lors, ses idéaux deviennent des objets sans intérêts, n’ouvrant que sur l’ennui, la pourriture et la mort ; la vraie mort ; la mort de la vie.
Cette mort sans fin ; toute pareille à celle que décrivait André Malraux en la symbolisant comme la “ déesse du sommeil ”, pour répondre à l’embarras du général De Gaulle qui lui demandait : la mort, c’est quoi ?

Cette notion ambivalente de la vie exige par ailleurs de notre intelligence, une super intelligence synthétique qui s’appuie sur l’épilogue culturelle sawa puisque jusqu’ici, nul ne sait parler au destin…

C’est pourquoi la “ symbolique du ngondo ” afin d’initier les enseignements éthiques et ceux du “ dialogue des connaissances ” avec maîtrise et autorité s’érige en “ passerelle ” pour servir de trait d’union entre Nyambé, l’espèce humaine et les divinités de l’au-delà…


Maintenant, il importe peu que cette “ passerelle ” s’appelle “ Bedim ” ou “ Bedingè ” ; qu’elle se manifeste en empruntant la voie de transe exaltée du “ Bejongo ” des vierges ou celle du “ vaudou ” des peuples du Golfe de Guinée ; parfois même, la voie paisible du rêve prémonitoire, du “ ndimsi ” ou du “ ngambi ” annonciateur. Tous ces procédés sont au service de la “ divination ” et participent à la valorisation et à l’enrichissement de la littérature orale ; traduisent en même temps la capacité mystique de nos mœurs et croyances éthiques de “ l’Oracle ” et de la “ nécromancie ” qui n’existent que pour éclairer l’horizon, le sillon du passé et celui de nos origines africaines…

Malheureusement, aujourd’hui plus personne n’y croit. Par naïveté, vanité ou par snobisme intellectuel qu’exhibent partout ces “ pygmées de la pensée ” (africaine), tout couverts de stigmates de la colonisation et sous forte aliénation culturelle, rien pour eux, ne saurait justifier toute autre forme d’expression littéraire en dehors de celles faites d’arabesques coloriées ou alors de falbalas…


C’est pour cela que ces nihilistes culturels chloroformés par un conformisme désuet, s’épuisent quotidiennement à chanter la gloire des : “ écrits restent mais les paroles s’envolent ”…

Ce sont ces “ silhouettes de ruine fantastique ” qui méprisent la valeur des “ arts nègres ” des mythes et réalités ; du verbe et de la parole ; systématiquement refusent la pédagogie rationalisée des masques et symboles qu’accompagne celle d’images et de messages.


C’est ainsi que ces “ universitaires véreux de la coloniale, s’appliquent et pour cause, à nous présenter de vieux clichés à mirages trompeurs au nom d’une “ culture ” oblitérée de la Francophonie ayant perdu ne serait-ce que le français en partage…

C’est dire combien, je serais heureux à pouvoir dire non à cette “ créolisation ” masquée de notre expression culturelle nationale que cette farfouilleuse francophonie voudrait nous faire subir ; de nous élever contre cette francophonie “ bâtardisée ”, immorale, et sans pitié qui cherche sans cesse à nous recoloniser, et à nous soumettre définitivement à sa funeste volonté…


A cet effet, et faisant suite à ces influences négatives de recolonisation et de globalisation culturelles de la “ pensée unique ” de l’Occident, d’inviter le “ ngond’a sawa ” à vite retrouver sa “ symbolique socio-culturelle ” et ses marques d’authenticité dans l’orthodoxie le plus parfaite de notre “ culture ”. De revoir le contenu du “ dimbambè ” qui semble extraverti parce que ne pouvant conduire qu’aux réjouissances de fêtes foraines ou folkloriques sans intérêts ni pour le peuple sawa ni pour le Cameroun…


A cela, je dis qu’il n’y a pas de fatalité ; nous devons lutter contre cette inculturation galopante car la lecture du temps nous apprend que l’histoire des hommes semble souvent livrée à l’incohérence, même lorsque ceux qui l’écrivent sont des êtres parfaitement rationnels ; c’est pourquoi, à chaque période de celle-ci il faut intégrer la réalité tout entière sans rien renier de sa complexité…


Ce qui me laisse penser que le moment est venu pour procéder à la “ refondation ” de l’éthique sawa afin de célébrer désormais la “ vie ” et non plus la mort…


La “ problématique du Ngondo ” Le “ Ngondo ” pour quoi faire ?


C’est la question que tout citoyen honnête ou curieux aimerait poser aux dignitaires et notables sawa ; non par dépit ou arrogance mais simplement pour comprendre l’adéquation qui existe entre cet “ organe ” (dit culturel) et le quotidien des Camerounais.


Non seulement cette question sous-tend la “ problématique du ngondo ” mais permet également d’obtenir des éclairages efficients sur le concept originel et fondateur du ngondo. Son pouvoir de conscientisation et sa capacité de mobilisation.

Quant à moi, je dirais modestement que le “ ngondo ” demeure l’ustensile traditionnel le plus performant et le mieux indiqué pour servir à la fois de “ creuset culturel ” et de “ sentinelle patriotique ” du Kamerun.
Pour ce faire, il lui faudrait d’abord retrouver sa personnalité et sa crédibilité historiques d’antan ; ensuite confectionner une politique culturelle multidimensionnelle, fondée sur nos traditions éthiques et morales de pudeur, d’humilité et de probité.


A cet effet, et en appui au dialogue des connaissances, le programme culturel du “ ngondo ” devrait connaître un renforcement avec l’apprentissage des langues traditionnelles, l’usage pratique des proverbes, fables, contes, énigmes, épopées ou récits historiques. Autrement dit faire appel quotidiennement à l’exigence d’un lexique bien fourni.
Sans oublier que le “ ngondo ” doive se “ repenser ” et retrouver ses racines d’origine. C’est pourquoi, il faut le revigorer par notre patriotisme et notre nationalisme afin d’avoir la capacité de contrer la culture de l’inculturation coloniale.

Bien après sa régénération, le “ ngondo ” pourrait alors recréer la magie du mystère qui nous fait tant défaut ; en ouvrant une fenêtre pour observer et dialoguer avec le monde invisible de l’au-delà ; aller à la recherche de l’autre face cachée de l’univers de “ Nyambé ” en traversant les barrières attenantes au “ mysticisme ” culturel des peuples de l’oralité, liés par la proximité, la sensibilité, l’histoire et l’environnement géographique.

Favoriser et entretenir ce “ mysticisme culturel ” c’est souligner “ l’exception culturelle ” de notre civilisation ; celle qui témoigne en tant qu’exception ” l’originalité et la surprise qu’inspire tout miracle et tout mystère.

“ Exception ” qui dénote et affirme sans conteste notre avancée dans la maîtrise du “ dialogue des connaissances ” et demeure notre capital commun en partage dans la littérature de l’oralité africaine et celle des peuples du golfe de Guinée.

Je sais par ailleurs qu’il faudrait davantage enrichir cette “ dynamique ” d’autant qu’aujourd’hui, les symboles seuls, ne suffisent plus à guider les peuples.


Alors, le “ ngondo ” devrait se prémunir des références historiques qui ont permis par le passé, d’asseoir une administration efficace, à l’exemple du fonctionnaire type, intègre, travailleur et patriote. D’aider à la promotion d’une société citoyenne ayant comme objectifs immédiats, la culture de la démocratie, la protection environnementale le développement économique et social du Cameroun.


C’est pourquoi ces raisons militent pour une “ refondation ” du “ ngond’a sawa ”, aux fins d’une régénération capable d’instaurer une saine pratique de la prière et de la méditation initiatique ; le renforcement des croyances relatives aux invocations propices à la “ nécromancie ” des morts, de nos morts qui, en réalité ne sont pas morts…


Etant entendu que tout ceci résulte de notre héritage culturel.
En réalité la force qui sous-tend la “ symbolique du ngondo ” ou “ passerelle ”, est celle concentrée dans la connaissance des faits sociologiques ; de leur processus de maturation mais également du processus devant animer puis conduire l’itinéraire de son discours. C’est pourquoi afin d’exécuter ses missions traditionnelles, la symbolique du ngondo a besoin de s’appuyer sur deux principales exigences intellectuelles.


1- “ L’exigence d’un lexique ”

Afin de demeurer performante, la littérature orale a besoin d’une mémoire linguistique, capable en toute circonstance, d’apporter des précisions remarquables et sans appel dans différents arbitrages.
C’est à partir du “ lexique ” que la culture du “ ngondo ” dispose d’une “ documentation ” multi fonctions riche et appropriée ; servant tantôt de dictionnaire, tantôt de grammaire ; jouant parfois le rôle de “ censeur littéraire ” pour empêcher une mauvaise utilisation des mots et des verbes.
Refuser l’amalgame et les confusions, synthétiser le langage en enlevant les impuretés néfastes à l’éthique et à la morale. C’est enfin ce “ lexique ” qui, dans ses fonctions utilitaires confère autorité et pouvoir à la “ symbolique ” du “ ngondo ” pour redimensionner le contenu, la compréhension, et l’analyse philosophique de l’expression culturelle sawa…


2- “ L’exigence valeur ”

Dans la “ symbolique du ngondo ”, chargée d’interpréter au quotidien la qualité des mots usuels, c’est “ l’exigence de valeur ” qui creuse au cœur de chaque mot pour en extraire sa substance phonétique et philosophique ; son poids et sa magie afin que celui-ci devienne parfait et complet.
Cette maîtrise du mot affecte à ce dernier une réalité culturelle qui permet son classement dans l’échelle des valeurs de la langue et du langage ; renforce sa “ cote de valeur ” et lui donne sa “ valeur ” propre. Dès lors les ambiguïtés sémantiques sont levées ; qu’elles viennent d’un mot, d’un verbe, d’une parole ou d’un ensemble idiomatique.

Le mot “ valeur ”, c esse d’être un mot objet, quelque chose de substantiel, de matériel (comme le définirait Marx) pour devenir une pure expression de la conscience humaine ; le reflet de la “ valeur ” des références…


C’est donc à partir de ces deux “ exigences ” culturelles que la prospective du “ ngondo ” va s’élaborer pour emprunter les voies multiples de la connaissance ; et de ce fait, offrir à la langue duala (pour ne parler que d’elle), les instruments fiables de son évaluation, de sa propre maîtrise et les vertus de sa conjugaison ; afin de préciser avec pertinence les aspects et sollicitations étymologiques ou sémantiques des mots ; leur “ valeur ” et leur degré de synonymie dans des variations de styles qui, si nécessaires par exemple fixent avec précision les limites entre “ l’oracle ” et la “ prémonition ”.

Toutefois, sachant parfaitement qu’entre “ bedim ”, “ edingè ”, “ ndimsi ” ou “ lemba ”, seul “ l’oracle ” sait et peut dire où est la “ vie ” et d’où vient la mort… (ngambi e bi wuma longè le no, na wuma kwedi e wu no).
Ainsi, la “ symbolique du ngondo ” parce qu’instrumentalisée par la mémoire du “ lexique ” peut désormais, dans la littérature orale, faire une lecture sans relecture puis écrire sans la moindre rature.

Même si parfois, à travers le temps des siècles et celui des générations d’hommes, certains mots, verbes et messages finissent par subir quelques distorsions, toutefois acceptables.


Ainsi, dans la dialectique du “ ngondo ” c’est le “ lexique ” qui offre à l’écriture orale, le choix des mots et des verbes, règle leur intonation afin de confectionner la parole, le langage et la langue. C’est ce même “ lexique ” qui soumet notre pensée et nos convictions à l’épreuve du temps pour accéder à la connaissance mystique et universelle.

C’est encore ce “ lexique ” qui détient le pouvoir et le savoir d’arrêter les velléités agressives de domination ou d’inculturation destinées à “ créoliser ” notre humanisme culturel. Ce “ lexique ”, sans être la “ noosphère ” de Pierre Theillard de Chardin, se comporte pourtant comme elle ; en une intelligence issue d’idées et de graines individuelles de pensée provenant dans tous les domaines de la connaissance ; des graines qui s’assemblent d’abord, ensuite fusionnent pour former l’intelligence collective ou la super conscience…


Face au front de Bakassi

Maintenant que nous avons des matériaux nécessaires et suffisants pour analyser et comprendre la nature et l’origine du Ngondo ; que nous avons répertorié les missions dévolues à sa “ symbolique culturelle ” et que constatant cependant et malgré tout, qu’il s’éloigne de plus en plus de ses obligations historiques, il y a lieu de se demander :
A quoi peut bien servir, encore le “ Ngondo ”, s’il ne sait et ne peut intégrer la “ problématique du Kamerun ” ?

A quoi serti-il donc ce “ Ngondo ”, s’il n’a plus suffisamment d’énergie pour aiguillonner, arrêter ou relancer le “ train-Kamerun ” ?

Très sincèrement demandons aux dignitaires élites, filles et fils sawa, à quoi sert-il ce “ ngond’a sawa ”, s’il ne sait et ne peut soutenir la résistance et l’esprit de sacrifice de nos vaillants soldats abandonnés au “ front de Bakassi ” pour défendre les terres du Kamerun, celles de notre illustre aïeul Kole’a Mbedi, roi et chef des Subu ?

Aujourd’hui, en terre, sawa, comment parler du “ ngondo ” sans ses symboles et signes de vie évidente ?

C’est donc à ce niveau de questionnement et à ce niveau seulement que se pose et se situe notre débat ; le débat culturel qui engage à la fois, la “ problématique du Kamerun ” et “ l’expression culturelle du ngondo ” en tant que pourvoyeuse de connaissances et de vie ; guide incontestable de la communauté sawa du Kamerun.

Je comprends par ailleurs que cette alchimie totalement accomplie et ayant donné naissance à une forte candeur dont les dogmes et concepts reflètent les “ lumières du monde ”, nous force au respect et à l’humilité du silence.
Néanmoins, je voudrais qu’on me dise de quelle utilité serait ce “ ngondo ” aujourd’hui, pour la communauté sawa et le peuple camerounais ?

C’est pourquoi, parler “ culture ” dans l’espace de l’oralité africaine, c’est parler essentiellement de la vie. C’est aborder scientifiquement et philosophiquement tous les aspects qui se rattachent au “ droit à la vie ” et à la “ vie du droit ” ; c’est exprimer “ autrement ” la relation qui existe entre les deux pôles incontournables d’une vie ; c’est-à-dire les phases expressives et nécessaires à toute vie.
En effet, plus concrètement, parler du “ ngondo ”, c’est parler de “ culture ” ; c’est résumer les enseignements du “ ngondo ” en un précieux bréviaire qui rappelle en permanence aux acculturés et non initiés, que, chez les Bantous, les peuples de l’eau et ceux du golfe de Guinée, toute vie transite par la dialectique mystique de l’oralité africaine…

C’est à cela que doivent s’investir la “ culture du ngondo ” ; la vraie ; celle des artistes et des créateurs des œuvres de l’esprit ; celle qui protège nos traditions à travers la pratique efficiente des us et coutumes sawa ; autorise nos hommes d’Etat à magnifier la vertu du “ patriotisme ” et celle du “ nationalisme ” éclairé de nos martyrs…

Parler de “ culture ” au “ Ngond’a sawa ”, c’est préventivement armer les élites, intellectuels et hommes politiques sawa de l’éthique des valeurs morales au-dessus de tout soupçon…

Malheureusement, tel n’est pas le cas en ces moments de démission généralisée ; l’inculturation a pris des allures de “ crime national ” parce que multiforme, masquée et trompeuse ; expurgeant le langage usuel de ses fondements éthiques pour en faire un objet vulgaire, agressif avec des épithètes qui caressent le ridicule, la honte et l’insulte même pour celui qui s’en sert…

C’est ainsi qu’aujourd’hui, nos princes et rois cessent de l’être pour devenir des “ chefs ” (de guerre) ou auxiliaires de l’administration (coloniale) ; “ Majesté ”, certes, plus écarlates et louvoyantes mais toujours sous les ordres d’un “ sous-préfet ” (de la coloniale). Aujourd’hui, nous pouvons le dire toute honte bue, ces expressions ou appellations “ coloniales ” participent à un lexique d’attributs de soumission et “ d’injures civilisées ”, destinées à rapetisser davantage certains de nos “ monarques ” “ élus ”, figés par le complexe généalogique de naissance ou de sang…
Aujourd’hui, avec pertinence et détermination, notre peuple doit s’élever contre ces barbaries culturelles de “ créolisation ” ; refuser énergiquement ces aberrations coloniales, soigneusement enveloppées dans une “ modernité sauvage ” qui nous trompe et nous aliène.

Que Diantre !
Pourquoi ne dit-on pas : “ le chef de Paris ” au lieu du comte de Paris ? Sa Majesté, le chef de Monaco mais plutôt, “ son altesse royale, le prince de Monaco ”, comme disent ces Blancs civilisés ?…
De qui se moque-t-on avec ces attributs abracadabrantesques destinés à nous habiller à moitié nu ?…

Le scandale, devenu source de disputes et de discorde, c’est la “ succession au trône ”. Personne n’en parle au “ ngondo ”, pas plus que dans les autres cercles traditionnels du pays parce que c’est un élément perturbateur d’envergure, d’autant qu’il mettrait à l’étroit certains successeurs illégitimes…
Avec ses postulats vieillis par des siècles de maturation, tout le monde sait chez les Sawa qu’il n’y a pas “ d’élection de succession ”…

Après, ce ne sont qu’incongruités administratives de civilités douteuses…
Cependant, le “ Ngondo ” pourrait se prémunir d’une “ autorité éthique ” capable de rechercher la traçabilité généalogique des potentiels successeurs au trône ; ceci pour taire définitivement ces scandales qui embrasent souvent nos royaumes et nos principautés.

Culturellement, ces “ élections de succession ” sont préjudiciables à notre société traditionnelle ; car elles laissent penser que les mécanismes de commandement hiérarchisé et leurs structures d’organisation sociale n’existaient pas avant la colonisation.

Plus grave, c’est un “ crime culturel ” ; parce que ces élections opérées par l’administration, déstabilisent toute la chaîne de l’autorité familiale ou du clan ; altèrent, dénaturent pour ne pas dire défigurent complètement nos structures traditionnelles. Il faut abolir le plus vite ces “ élections ” car elles bafouent, piétinent et détruisent les fondements de nos “ valeurs culturelles ”.

Le sous-préfet a-t-il besoin d’organiser des “ élections ” pour savoir celui qui deviendrait le successeur légitime du clan ou du royaume ?
Votre sagacité et votre perspicacité me combleraient !…
Parfois, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas de propos blasphématoires lorsque, dans la liturgie des morts, nos chœurs entonnent des cantiques magnifiant le “ terroir sawa ” comme “ pays de lumière ” (sawa ekomb’a muaye) alors qu’en réalité, il est envahi par les ténèbres de l’inculturation et d’une aliénation variée et profonde.

Comment parler de “ culture ” du “ Ngondo ”, dès lors que sa “ symbolique culturelle ” s’est manifestement désengagée de ses responsabilités historiques ; s’éloignant de son “ idéal fondateur ” en tournant le dos à la problématique du Cameroun ?

A croire que notre “ culture ” originelle a cessé d’être multidimensionnelle ; qu’elle a cessé de cultiver sa nécessaire “ diversité ” attachée à la mystique de l’individualité et l’unicité du sol et du peuple camerounais.

C’est peut-être pourquoi au sein du “ Ngond’a sawa ” plus personne n’ose s’élever contre la corruption qui nous tue ; ou d’évoquer la nécessité d’une “ conscience nationale ”. Partout, (excusez-moi du terme) ça pue la peur et le mensonge ; plus personne ne s’aventure à éclairer nos comportements déviants, dépourvus d’éthique, de générosité et de solidarité qui pourtant, sont à la base de notre “ culture ”, que je crois de qualité…

Pourquoi donc s’ébrouer inutilement alors qu’aujourd’hui, dans la cohue, nous sommes comme les “ autres ” ?…

Il est fort regrettable que cette culture d’importation ait pris le dessus sur la nôtre ; c’est pour cela que nos mœurs et traditions sont négligées et que plus personne ne respecte nos institutions traditionnelles.
L’aliénation et l’inculturation sont devenues si profondes que nos princes, notables et rois sont presque toujours méprisés et déconsidérés par l’administration qui, à juste titre les tient en otage à cause de leur accession au trône par voie “ d’élections ”…

Aujourd’hui, nos dignitaires sont devenus d’ordinaires personnages faisant l’objet de curiosité attendue dans des “ distractions ” funèbres, s’ils ne sont convoqués à faire le rang, inconfortablement debout dans des mondanités protocolaires sans intérêt, commandées par leurs gardes-chiourme de sous-préfets.

Cette “ culture ”, sans noblesses et sans dignité n’est pas mienne !…
Cependant, force est de reconnaître que certains de nos responsables traditionnels sont fiers, comblés et se plaisent d’être toujours présents dans ces séances de rééducation collective, faites pour les soumettre et les humilier…

Toutefois, ils bénéficient de circonstances atténuantes parce que devenus rois ou princes sans avoir connu ni précepteurs, ni sanctuaires initiatiques…
C’est d’ailleurs pour cela que cette folie d’extravagance due au manque de formation éthique les pousse souvent, chacun à sa manière, à exhiber inopportunément sa différence et sa suffisance ; comme pour témoigner par ailleurs leur médiocre indifférence et insuffisances à l’endroit du peuple sawa et celui de la nation camerounaise.
C’es comportements intolérables et insoutenables n’ont rien à voir avec notre “ culture ” éthique de dignité et de pudeur.

Parce que notre “ culture ” est magnifique et valorisante, j’avais déclaré en 1999 devant un parterre d’illustres rois, princes et d’élites sawa que chez moi à Douala, il n’y a pas d’élections de succession. Aujourd’hui encore je le confirme, n’en déplaise à l’administration publique.
Comme au “ Ngondo ” de 1994 j’ose vous interpeller Altesses royales afin de savoir par quel acte avez-vous illustré votre “ devoir d’engagement et de solidarité ” à l’endroit du peuple frère de “ Bakassi ” ?

Pourtant, vous êtes sans ignorer qu’il subit seul et quotidiennement les affres d’une guerre néo-coloniale de conquête territoriale engagée par la barbarie d’un Etat et d’une armée moyenâgeuse de brigands et de mercenaires nigérians.

Dois-je comprendre que par votre inertie et la cruauté guerrière de ces “ coupeurs de territoires ” nigérians nous devons abandonner nos frères et sœurs Bakwedi, Bakosi, Balong, Bakundu et autres à leur triste sort ?
Qui mieux que vous devrait être au “ front de Bakassi ” pour “ symboliser ” notre résistance à défendre les terres sacrées de notre illustre aïeul et grand Roi Kolé’a Mbedi ?

Alors, je ne peux comprendre ou parler de “ culture ” sans admettre la culture de “ civisme ” patriotique ; celle qui procure à tous et à chacun son adrénaline et sa part de nationalisme culturel.
Parler de “ culture ”, c’est réagir énergiquement aux propos fascistes et fallacieux de l’écrivain nigérian Soyinka (prix Nobel) qui revendique le “ référendum ” comme solution au conflit de Bakassi.
Dieu merci à cela, cet écrivain acculturé a dû lire ma réponse éclairante sur les pages du journal “ Galaxie ” de 1994.

Honnêtement, de quelle “ culture ” peut-il s’agir ? Lorsque l’ennemi nigérian, envahisseur et criminel s’accapare de nos biens ; occupe par la force et l’immoralité, nos terres fertiles, nos fleuves poissonneux et poursuit avec arrogance l’extraction de nos minerais, gaz et pétrole ?

A quelle “ culture ” voudrait-on soumettre le peuple camerounais pendant que l’armée d’occupation nigériane hisse son drapeau sur la terre de Bakassi ? Viole nos femmes et nos filles ? Interdit à nos enfants d’aller à l’école et se “ cultiver ” ? Par-dessus tout, exige des “ patriotes ” que nous sommes, silence, soumission, voire capitulation ?…
Malgré tout, je comprends aussi que l’inculturation généralisée soit une autre forme de “ culture ”…

Est-il donc possible que le “ Ngondo ” existât sans le Kamerun ?

D’emblée, j’apportais ma réponse mais la formulation de cette interrogation me semble suffisamment remarquable qu’il suffirait tout simplement d’exposer les prémices de ce “ débat culturel ” (car c’est de cela qu’il est question), pour en fixer le seuil et les contours ; de procurer également à ceux qui le voudraient, des éclairages lumineux pour une meilleure compréhension.
Si aujourd’hui encore, d’aucuns s’agitent bruyamment pour dire et faire dire que le “ Ngondo ” est de valeur unidimensionnelle, voire folklorique, le démenti à ces élucubrations d’essayistes, vient naturellement du questionnement lui-même ; car comment interpréter autrement une “ logique mathématique ” qui soude le corollaire à son théorème ? Le “ Ngondo ” est donc multidimensionnel parce qu’à l’image plurielle de la “ problématique du Kamerun ” dont il est issu et s’est constitué sur la base d’une mosaïque de peuples, de cultures et de préoccupations existentielles ou réalités…
C’est pourquoi nous devons comprendre pour l’admettre qu’il y a une autre “ culture ” ; celle enfouie dans l’imaginaire du temps et des peuples de l’oralité africaine ; celle qui renferme dans les profondeurs de la connaissance et résume sans restriction les attentes de la conscience du Cameroun.

Aujourd’hui, sans exception, cette “ culture ” citoyenne de l’espoir nous interpelle avec force au champ d’honneur de “ Bakassi ” pour défendre notre drapeau, notre sol, notre dignité et notre raison d’être…
Parce que je vous sais lucides, volontaires et disponibles pour les justes causes, je vous exhorte chers rois, princes et élites sawa à vous engager résolument dans la bataille décisive et historique de Bakassi.

Qu’on ne vous trompe pas ! Les annexionnistes nigérians sont décidés à conserver par la force et le banditisme la péninsule de Bakassi ; notre terre, notre sol et notre patrie.

Comme nos vaillants soldats, hier ridiculisés, et méprisés, aujourd’hui si heureusement réhabilités par cette guerre, nous devons témoigner et prouver que mieux que quiconque nous savons la valeur du sacrifice consenti, par ces combattants afin que vive le Cameroun !

Ce fut ainsi avec les compagnons de la résistance et ceux de l’indépendance du Kamerun.

Auparavant, rois et princes, fils et filles sawa nous devons tous souscrire à l’éthique de pudeur et de circonspection qui est la nôtre en taisant nos disputes et nos divergences sans fondement.
De privilégier désormais la fraternité et la solidarité sans oublier le renforcement de nos liens familiaux, d’entraide et de respect mutuel.

D’exhumer la pratique généalogique de nos traditions ancestrales afin de mettre un terme à ces conflits de naissance et de succession qui avilissent notre “ culture ” et nous-mêmes.

Parce que les circonstances de l’heure et de notre “ culture ” nous l’exigent, avec courage, intelligence et honnêteté, contrairement à ces “ motions de soutien ” habituels sans fond, insensées et indigestes, c’est le moment, chers responsables du “ Ngondo ”, de féliciter et d’encourager publiquement le président Biya, son gouvernement et tous les agents officiels pour les succès engrangés jusque-là sur la guerre de Bakassi ; y associer particulièrement nos fils Inoni, Esso et Douala Moutomè à ce mérite en leur prodiguant d’ultimes conseils pour la sauvegarde de la souveraineté du Cameroun.

C’est à vous, rois et princes sawa du “ Ngondo ”, d’envoyer au monde une déclaration solennelle afin de marquer notre détermination à combattre l’envahisseur nigérian ; de soutenir l’effort de guerre de notre gouvernement et de notre armée mille fois, mille ans, s’il le faut.
De déclarer que notre peuple en a assez de ses “ Accords de défense ” qui lèsent nos intérêts et notre souveraineté !

Enfin que Bakassi est notre terre chérie ; nous allons la récupérer, y vivre et y mourir si tel est le destin du Cameroun…

C’est aussi ça, l’autre “ culture du Ngondo ”. Celle qui permet à l’ensemble de notre peuple de se retrouver, de communier, d’agir, et de vivre avec passion la même “ problématique historique du Kamerun ”…
Par Charles Moukouri Dina Manga Bell
Le 09-08-2006

 

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