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28.09.2005

Au temps où Sawa rimait avec Bolo 

Que représente la pirogue dans la vie quotidenne d´un Sawa ? Tout un symbole. Il a fallu que l´Africain embrasse le mode de vie occidental pour que la pirogue perde ses lettres de noblesse, ses vertus et vocation. Dire donc de la pirogue, qu´elle réglait l´existence de l´homme de la côte serait un doux euphémisme, dès lors qu´elle accomplissait des tâches autant vitales que secondaires.
De manière exhaustive, les utilisations de la pirogue sont de trois ordres:
- Moyen de locomotion, de divers déplacements des populations côtières.
- Outil de travail dans l´activité principale de la pêche, transport des denrées et des voyageurs.
- Source de joie, dans le sens sportif, pour ce qui est des courses de pirogues


PECHEURS, PEUPLE DES EAUX


Ce n´est pas un hasard si ces peuples ont choisi d´habiter au bord de l´eau ; question de prédilection pour l´élément aquatique. Cela requiert une adaptation à l´environnement, et la maîtrise des phénomènes marrins. Sachant aussi que les fleuves et les océans regorgent de richesses, il faut desmoyens matériels importants, dont le plus connu est la pirogue, pour y exercer une activité lucrative.

Il existe plusieurs modèle d´embarcations, selon le type d´activité. Ce qu´on designe par « nianda bolo », une petite pirogue en somme, est utilisé dans la pêche pour les fleuves et rivières. Les grandes pirogues ou « bolo ba kanjo » qui fréquentent le « tubè » ou haute mer, sont capables d´affronter de grosses vagues. Si un seul homme suffit pour un « nianda », il faut un minimum de cinq personnes pour mener à bien toutes les tâches à accomplir dans un « kanjo ». Surtout dans la perspective de manipuler un filet trempé de cent à deux cent mètres de profondeur. A plus forte raison en cas de prises miraculeuses des espèces capturées en rappport, bien entendu, avec les dimmensions des mailles !
Si, par ailleurs, le pêcheur « d´eau douce » rentre au village après un journée de dur labeur, les intrépides pêcheurs du large partent pour trois à six mois. Ayant opté pour une zone de pêche déterminée, ils ont généralement la possibilité de louer un hutte dans un campement de pêche ou »kombo ». Souvent aussi, ils construisent leur abri eux-mêmes, pour le couchage et le séchage du poisson.

L´expédition à son terme, les pêcheurs plient bagage et prennent le chemin des grands marchés disséminés sur le littoral ou à l´intérieur, accessibles par les rivières et les fleuves. A moins qu´un négociant, sur place n´achète tout le produit, en espèce (argent) ou par troc.
Ensuite, les pêcheurs effectuent le partage. Celui-ci se fait de manière très particulière, dans la tradition de chez nous : deux part reviennent à la pirogue, deux également au filet. Les hommes à titre individuel recoivent une part chacun. Si donc, comme c´est souvent le cas, le propriétaire de la pirogue et du filet participe à toute activité, il rafle cinq part dans ce partage léonin. Il peut arriver qu´on soit, ou propriétaire de la pirogue, ou du filet ou encore des deux.
Comme dans tous les domaines de l´activité professionnelle, il y a des gens qui se sont taillés une bonne réputation dans la pêche au large. Chacune de leur sortie est couronnée par des gains faramineux. C´est la raison pour laquelle certains grands pêcheurs ont endossé l´étiquette peu flatteuse de sorcier, parce que leur corréligionnaires les soupconnent ou détiennent la preuve qu´ils n´entreprennent pas une expédition en haute mer les « mains vides », de l´expression consacrée : afin qu´ils soient les meilleurs, ils frequentent les sorciers réputés qui « travaillent » et la pirogue, et le filet et il va de soi, l´intéressé lui-même. Quoi de surprenant , quand on sait que nous faisons plus confiance à nos « écorces » qu ´à Dieu ! Il est tout aussi dangeureux de mettre en exercice des pratiques qui, quand bien même elles ont existé, ne constituaient qu´un phénomène marginal. En général, les pêcheurs s´en remmettaient à Dieu ou faisaient tout simplement confiance à leur étoile ou encore leur savoir faire…

Egalement outil de communication privilégié, tous les déplacements étaient accomplis, il y a encore un demi-siècle, à l´aide de la pirogue. Il n´étais pas rare de croiser dans nos fleuves des pirogues de transport des voyageurs – voyages d´affaires ou d´agréments, migrations en tout genre, la pirogue établissait les relations et les communications entre les hommes et les villages plantés cà et là le long des cours d´eau. D´autres pirogues étient spécialiées dans le transport des denrées et le commerce ambulant et saisonnier. Ce n´est pas d´hier, par exemple, que les Sawa ont noué des relations commerciales avec l´île de Fernando-Po, avec le Nigéria, entre autres.
Toutefois, nous avons beau chanter les louanges des eaux, d´aucuns ont payé cher sa fréquentation. C´est assurément le lieu ici de rendre hommage à tous ceux qui ont disparu ou péri dans nos eaux, si tel est le tribu qu´il faut payer pour jouir de la manne aquatique.


LA PIROGUE ETERNELLE


La technique de fabrication de la pirogue n´a pas évoluée à travers les âges chez nous. Les seuls options n´ont été que le moteur hors-bord, la voile ; des propulsions d´apport occidental…

Il y a des essences spécialisées dans nos forêts qui servent à la fabrication des pirogues. Le « muengé » chez les Malimba, par exemple est un bois dur très prisé. On abat un arbre à la hache puis on débarasse le tronc de toutes les branches. L´artisan ou le commanditaire reteinnent ensuite la longueur à tranformer selon le type de pirogue souhaité. Les dimensions dépendent de l´utilisation que l´on veut en faire. On n´a pas besoin d´un grand arsenal pour fabriquer une pirogue : la machette et une petite hache spéciale suffisent pour creuser le bois. Ensuite l´artisan retourne le tronc sous lequel il allume un feu, pour augmenter la profondeur, en même temps qu´il donne une forme adéquate à son embarcation. Après la finition extérieure, il retourne à nouveau la pirogue et s´attaque à son esthétique intérieur. Pendant l´opération de poncage, il place des gabarits de traverses, afin de donner une largeur égale à sa pirogue…Le temps que le bois devienne rigide, il installe les « mbenjou » ou traverses en guise de banquettes.
Société pas trop hiérarchisée, le travail de la fabrication de la pirogue n´est pas l´apanage de quelque catégorie sociale que ce soit. Non ! il n´est pas besoin d´être un initié en la matière…Il s´agit d´un art qui fait appel au talent et à l´acharnement de tout individu qui en fait son gagne-pain. Quant à l´accès à cette propriété qu´on peut comparer – toutes choses relatives par ailleurs – à une automobile aujourd´hui, il suffisait d´être matériellement aisé ou un dur à la tâche. Autant de critères qui , eux, sont immuables, même si la pirogue a pris un sacré coup de vieux, tout au moins dans les grands ensembles urbains. En revanche, dans les villages où la « civilisation » n´a pas ébranlé les habitudes ancestrales, la symboliques persiste : les traditions ont la vie dure, et comment !

Manu Djemba
Avec la collaboration de Mobezert


ETUDE SUR LES PIROGUES SAWA

 

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