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06.10.2006
Rires et larmes pour Eboa Lotin
Une belle brochette d’artistes autour de Tom Yom’s ressuscitent Eboa Lotin ce vendredi soir à Douala.
Jamais artiste n’aura été autant controversé sur le continent africain. Emmanuel Eboa Lotin que les médias camerounais célèbrent depuis plus de trois semaines et dont le premier des deux spectacles a lieu ce vendredi soir, 7 octobre, au cinéma Le Wouri à Douala, était à la fois adulé et détesté. Adulé quand il nous sort des musiques qui prennent leur enracinement dans les modes et cultures de vie africains pour aller ensuite s’enrichir des influences latino américaines de la Salsa, du Jazz et de la Rhumba. Le résultat est souvent surprenant comme dans Elimb’a Dikalo. Avec un phrasé musical recherché, notamment dans des accords diminués qui en ont fait baver plus d’un interprète.
Tom Yom’s, l’un des nombreux fils spirituels de Eboa Lotin pouvait alors dire à juste titre que “ la musique de Eboa Lotin est aussi profonde que peut l’être un océan ”. Rien que ça. A l’inverse, les paroles de ses chansons, aussi sincères et profondes soient-elles, n’en étaient pas moins ressenties par une partie de la société au Cameroun, en Afrique et même dans le monde comme de véritables flèches empoisonnées. Les thématiques mêmes choisies n’étaient pas innocentes.
Un artiste paradoxal Qu’il s’agisse des femmes dans Martine, cette femme que Eboa disait avoir courtisé pendant une bonne douzaine d’années avant qu’elle ne finisse par céder à ses sollicitations de Ngon’a Mulato, la sublime femme métissée qui a fait battre tout le temps le cœur du poète, de Stella dont l’artiste était éperdument amoureux. Ou bien des artistes dont Eboa Lotin considérait qu’ils exerçaient une profession hautement difficile, car trop exigeante. Ou encore de la religion qu’il stigmatisait comme un mal nécessaire même s’il appelait la jeunesse à fréquenter les églises et qu’il ne se séparait guère de sa bible. Celui qui se dénommait “ Petit travailleur du divin ” avait délibérément opté pour se moquer de lui-même comme de la société dans laquelle il vivait. Bien des Camerounais et des Africains semblent l’avoir compris, tout en refusant de garder la rancœur. C’est pourquoi, l’auteur de Ja lè, reste malgré tout une étoile qui brille dans le cœur des millions Camerounais et d’Africains. L’hommage qui lui est rendu depuis la mi-septembre dans les divers médias nationaux et internationaux témoigne de l’intérêt que le quatrième pouvoir porte au devoir de mémoire. Peu importe finalement que Eboa Lotin ait été ou pas compris par ses contemporains. Ce qui compte le plus pour la famille du poète disparu il y 8 ans, le 6 octobre 1997, c’est que la mémoire de Emmanuel Eboa Lotin ne sombre jamais dans l’oubli. Les manifestations organisées dans cette optique et qui s’ouvrent avec le spectacle de ce soir à 19 heures au Cinéma Le Wouri à Douala et se terminent pour cette deuxième édition d’hommage le 14 octobre au cinéma Abbia à Yaoundé, devraient aider à se souvenir du mélodiste. Entre les deux concerts le symposium organisé le 12 octobre au Centre culturel français devrait contribuer à mieux appréhender l’œuvre de ce poète bantou.
Par Jean-Célestin EDJANGUE
Rires et larmes pour Eboa Lotin ou hommage à un poète Bantou 07/10/2005 cameroon-tribune.net
Le premier des deux spectacles donnés en hommage à l’artiste disparu a lieu ce soir à Douala.
A l’occasion du deuxième hommage à Eboa Lotin, sous le thème " Rires et larmes pour Eboa Lotin ou hommage à un poète Bantou ", le comité d’organisation a organisé récemment une conférence de presse au Centre culturel français Blaise Cendrars de Douala. La manifestation avait pour but non seulement de parler des spectacles qui seront organisés en mémoire de l’artiste chanteur, mais aussi de permettre à l’artiste Tom Yom’s de parcourir la vie et la structure des textes de l’artiste disparu le 6 octobre 1997. Comme le précise Tom Yom’s, " il y a chez Eboa Lotin, dans sa façon de jouer de la guitare ou sa technique de chant, une alchimie extraordinaire ".
L’avis est presque unanimement partagé. Eboa Lotin fut un artiste profond, complet, un griot africain et un poète bantou. Un artiste qui a réussi à travailler son timbre vocal qui demeure jusqu’à présent une particularité dans l’univers des chanteurs. Son œuvre traversera le temps et ses messages, des générations entières. Ses notes affinées, son verbe à la limite du sarcasme et son rire tonitruant effacent en un seul temps la mélancolie de ses lamentations. Les mélomanes le ressentent par exemple dans des titres comme " Mbemb’a mot’a sawa " ou " Bessombè ", qui traduisent la dénonciation de la cupidité du peuple sawa, qui a accepté de brader ses terres aux populations d’ailleurs, pour finalement se retrouver sans domicile fixe…
En dehors de ces textes au ton quelque peu acerbe, Tom Yom’s reconnaît que cet artiste immortel respirait la joie de vivre. Il laisse derrière lui un héritage musical, choral et moral inépuisable. Avec des textes pleins de sens et des messages forts qui résisteront à l’épreuve du temps. Sur la fiche des deux spectacles prévus dans les villes de Douala et de Yaoundé le 7 et le 14 octobre prochains, on voit des noms des artistes comme Toms Yom’s, Dinaly, Bébé Manga, Annie Anzouer et Beko Sadey. Mais la presse s’est quand même étonnée que pour un mémorial de cette envergure, on n’ait pas donné la possibilité aux autres artistes de s’exprimer. Selon le comité d’organisation, c’est le manque de sponsor qui a fait défaut, les artistes sélectionnés donneront un spectacle gratuit.
Josy MAUGER
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