Downloads   Galeries   Forums   Audios   Vidéos   Liens   Livre d´or   Partenaires   Contact   
  Accueil
  Actualité
  Régions/Peuples
  Historique
  Sawanité
  Le Ngondo
  Tourisme
  Littérature
  VIP
  F.A.Q
  Agendas
  Evénements
  Annonces
  Projets
  Communauté



      
01.04.2011

Célébré au Panthéon, Aimé Césaire demeure un rebelle irrécupérable 

Le 6 avril 2011, Aimé Césaire entre au Panthéon, où reposent les "grands hommes" de la France. Désormais, les visiteurs auront l´occasion de rencontrer, rassemblées dans une même crypte, des figures associées aux combats contre l´esclavagisme et le colonialisme : Toussaint Louverture, Louis Delgrès, Victor Schoelcher, Félix Eboué et Aimé Césaire.

Ces combats, encore mal connus, et leur histoire, encore sujette à des raccourcis trompeurs et des incompréhensions, sont pourtant indissociables de l´avènement de la modernité, de la citoyenneté et de la démocratie. En effet, ces combats ont contribué à l´universalité des droits de l´homme et aux idéaux de liberté, d´égalité et de fraternité.

A cette occasion, plutôt que de raconter la vie d´Aimé Césaire, qui, rappelons-le, ne voulait pas être "l´homme de l´étalage cérémoniel", il est sans doute plus utile de rappeler, en empruntant ses propres mots, ce qu´il nous a apporté et qui résonne toujours aujourd´hui alors que nous assistons à un nouvel "ensauvagement" du monde, à une nouvelle "fabrication de personnes jetables", qui "déshumanise l´homme même le plus civilisé".

Poète, dramaturge, écrivain, homme politique, né dans une colonie française, la Martinique, porteur d´une loi qui fit des colonies post-esclavagistes des départements d´outre-mer, incessant combattant pour la dignité et l´égalité, et qui voulut rester toute sa vie un rebelle, un Libre, Césaire fut un acteur de son siècle.

"Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ; mon âge : l´âge de pierre. Ma race : la race humaine. Ma religion : la fraternité." Cet échange entre "le rebelle" et "la mère" (Et les chiens se taisaient (Présence africaine, 1958) résume de manière lapidaire la pensée d´Aimé Césaire. Une pensée qui avait "la force de refaire ce qui a été défait ; la force d´inventer au lieu de suivre ; la force "d´inventer" notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l´obstruent", la pensée d´un rebelle qui s´est confronté à l´histoire, mais sans jamais renoncer au rêve et à la poésie.

"Ma poésie parle pour moi", a-t-il souvent déclaré, pour couper court à toute discussion sur ses opinions, las de s´être si souvent expliqué et d´avoir été trop souvent si mal compris.

Relire Césaire, c´est entrer dans une pensée qui questionne une écriture de l´histoire qui s´énonce depuis l´Europe, une cartographie du monde qui s´ordonne sur un axe Nord-Sud ; une pensée qui pose la colonisation comme un des moments constitutifs de notre monde, car "la colonisation n´est pas un chapitre de cette histoire, mais au contraire quelque chose de fondamental". La notion de mission civilisatrice est impossible à défendre, car, "de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie", aucune "valeur humaine" ne s´y enracine. Le contact se fait en dehors, en marge, dans la résistance à l´ordre esclavagiste et colonial. Car cet ordre est aussi mortifère, il inculque "la peur, le complexe d´infériorité, le tremblement, l´agenouillement, le désespoir, le larbinisme" et la "lèpre hideuse des contrefaçons".

Loin de toute idéalisation - le monde antillais, écrit-il, est "le monde de l´insaveur, de l´inauthentique" (1975) - Césaire professe cependant un profond amour pour son pays, "lieu géométrique de l´amour et de la morale". Cette position entre une profonde tendresse pour un peuple et sa terre et une distance pensée, affirmée, est constante chez Césaire. Il épouse la "douleur antillaise", la "nostalgie antillaise" pour retrouver son "moi profond" dépouillé des "défroques occidentales et françaises". Il dénonce un "monde fermé, étroit" et ne cache pas la difficulté d´habiter un lieu "inhabitable", hanté par le "malaise d´un peuple qui a le sentiment qu´il n´est plus responsable de son sort, et qu´il n´est qu´un comparse dans un drame dont il devrait être le protagoniste", mais défend avec fougue l´aspiration à la dignité des colonisés et de leurs descendants.

Ainsi, dès 1948, il fait le procès d´un Etat qui refuse d´appliquer ses propres lois : "Nous avons demandé l´assimilation des droits de l´homme et du citoyen. Celle que vous nous offrez, c´est celle de la matraque et des gardes mobiles."

Césaire étudie la solitude du pouvoir, celle d´hommes qui rêvent de porter un coup fatal à l´indignité, à la mise en esclavage, à l´exploitation la plus brutale : Toussaint Louverture, Patrice Lumumba, le roi Christophe. Le Roi Christophe, disait Césaire, "n´est pas une comédie, c´est une tragédie très réelle, car c´est la nôtre. Que fait Christophe ? Il instaure une monarchie ; il imite le roi de France, s´entoure de ducs, de marquis, d´une cour. Tout cela est grotesque, mais, derrière ce décorum, cet homme, il y a une tragédie qui pose des questions très profondes sur la rencontre des civilisations. Ces gens prennent l´Europe pour modèle. Or l´Europe se moque éperdument d´eux. C´est une évidence."

Césaire a fait des expériences qu´il a vécues - héritages de l´esclavage, colonialisme, nazisme, décolonisation, règne du capitalisme financier, repli sur soi, émergence de nouvelles "identités meurtrières", nouvelles cartographies des luttes - le terrain de ses réflexions. Le nazisme est, pour lui, "la barbarie suprême, (celle qui) résume la quotidienneté des barbaries", un "poison instillé dans les veines de l´Europe", mais qui est le retour sur son propre sol d´une barbarie pratiquée au loin, dans les colonies.

Nous trouvons dans la lecture de l´oeuvre d´Aimé Césaire une réflexion qui nous aide à penser notre temps, une époque où de nouvelles formes de brutalité, de nouvelles formes d´esclavage nous obligent à entreprendre "une véritable révolution copernicienne" des esprits.

Ne voyons-nous pas, à sa suite, "hystérique, en plein coeur de nos forêts et de nos brousses, la formidable usine, mais à larbins, la prodigieuse mécanisation, mais de l´homme, le gigantesque viol de ce que notre humanité de spoliés a su encore préserver d´intime, d´intact, de non souillé, la machine, oui, jamais vue, la machine, mais à écraser, à broyer, à abrutir les peuples" ?

On ne saurait nier la formidable modernité de l´oeuvre anticolonialiste d´Aimé Césaire, qui est une constante réfutation d´une notion figée de l´identité nationale ou d´un récit historique eurocentré.

Il nous laisse en héritage le souci de l´écriture de l´histoire des anonymes, des disparus du monde non européen et ces mots d´ordre simples et justes : "Lutte pour la justice ; lutte pour la culture ; lutte pour la dignité et la liberté."




Françoise Vergès, politologue, présidente du Comité pour la mémoire et l´histoire de l´esclavage
Article paru dans l´édition du 06.04.11
 

Source:  | Hits: 31626 | Envoyer à des amis  ! | Imprimer ! | Réagir(0)

PLUS DE NOUVELLES


  le rideau est tombé sur les cérémonies du Ngondo 2006
( | 06.12.2006 | 21854 hits  | 0 R)

  Le message du NGONDO 2006 - L’UNITE ENTRE TOUS LES CHEFS
( | 04.12.2006 | 21477 hits  | 0 R)

  Ngondo : Le vase sacré attend recevoir le message ancestral
( | 30.11.2006 | 21500 hits  | 0 R)

  Ngondo 2006 Kicks Off by. Joe Dinga Pefok, PostNewsLine
( | 29.11.2006 | 24397 hits  | 0 R)

  Interview du Chef Supérieur Deido Essaka Ekwalla Essaka
( | 18.11.2006 | 20768 hits  | 0 R)

  Origine du Ngondo
( | 15.11.2006 | 24021 hits  | 0 R)

  Ngondo: Espoir d´une jeunesse déracinée.
( | 15.11.2006 | 21487 hits  | 0 R)

  Ngondo 2006: Le Programme officiel
( | 15.11.2006 | 20463 hits  | 0 R)

  LA VEILLEE DU NGONDO
( | 14.11.2006 | 25604 hits  | 0 R)

  LE NGONDO.....par Maître DOUALA MOUTOME
( | 14.11.2006 | 23456 hits  | 0 R)

  La célébration du Ngondo
( | 14.11.2006 | 21167 hits  | 0 R)

  LE NGONDO - Le Paradis Tabou - Autopsie d´une culture assassinée - Ebele Wei ( Valère EPEE)
( | 12.11.2006 | 29494 hits  | 3 R)

  Temoignage: Ces pionniers qui s’en vont
( | 11.11.2006 | 27188 hits  | 0 R)

  LE BOURBIER IVOIRIEN (par Sam Ekoka Ewande)
( | 08.11.2006 | 19323 hits  | 0 R)

  Initiatives : le pied du Dr Paul Ngallè Menessier à l’étrier
( | 30.10.2006 | 30167 hits  | 2 R)

  ACTION de GRACE du Dr. MENESSIER
( | 30.10.2006 | 27038 hits  | 1 R)

  SAMUEL EBANDA II - Le muezzin de la culture camerounaise gravement malade
( | 29.10.2006 | 29684 hits  | 0 R)

  NJO LEA : LE REVE BRISE
( | 26.10.2006 | 23512 hits  | 0 R)

  Eugène Njo-Léa : Au bout d’une triste prolongation…
( | 25.10.2006 | 32823 hits  | 4 R)

  LE “KABA NGONDO” - exposition "Lambo la tiki" Douala
( | 24.10.2006 | 36292 hits  | 0 R)

  PEUPLE SAWA: avant de passer à l´action - TROISIEME FEUILLE DE ROUTE
( | 22.10.2006 | 35650 hits  | 2 R)

  Aftermath of the Trial
( | 22.10.2006 | 24657 hits  | 0 R)

  Epilogue
( | 22.10.2006 | 23062 hits  | 0 R)

  Mpondo´s Reply
( | 19.10.2006 | 30464 hits  | 0 R)

  The Charges
( | 19.10.2006 | 28921 hits  | 0 R)

  Dr. Levi´s Defense
( | 19.10.2006 | 27853 hits  | 0 R)

  The Story of Mpondo Akwa (1905): Overview of the Legal Context
( | 16.10.2006 | 42916 hits  | 2 R)

  The Story of Mpondo Akwa (1905): Background to the Trial
( | 16.10.2006 | 36392 hits  | 0 R)

  The Story of Mpondo Akwa (1905): Dr. Moses Levi of Altona defending Prince Mpondo from Kamerun
( | 12.10.2006 | 39429 hits  | 1 R)

  Moukouri Manga Bell : L’opposant à la retraite
( | 12.10.2006 | 22726 hits  | 0 R)

  Adolf Lotin Same, fondateur de la 1ère Eglise Africaine au Cameroun
( | 07.10.2006 | 47376 hits  | 1 R)

  Le Pasteur LOTIN SAME
( | 06.10.2006 | 42498 hits  | 2 R)

  Rires et larmes pour Eboa Lotin
( | 06.10.2006 | 31238 hits  | 0 R)

  Eboa Lotin comme vous ne l’avez pas connu : Protais Ayangma : l’écorché vif que j’aimais
( | 06.10.2006 | 31162 hits  | 0 R)

  Hommage à un poète bantou: Eboa Lotin chroniqueur du quotidien
( | 06.10.2006 | 30517 hits  | 0 R)

  Hommage à EBOA LOTIN, poète, artiste et journaliste
( | 06.10.2006 | 29985 hits  | 0 R)

  Réaction sur l´article "Le Pasteur Lotin Same"
( | 06.10.2006 | 29353 hits  | 0 R)

  Eboa Lotin, neuf ans déjà
( | 06.10.2006 | 29137 hits  | 0 R)

  Hommage appuyé à Eboa Lotin
( | 06.10.2006 | 29086 hits  | 0 R)

  La classe de l’oncle Tom
( | 06.10.2006 | 28690 hits  | 0 R)

  L´Intérieur de la nuit - Léonora Miano
( | 06.10.2006 | 19436 hits  | 0 R)

  Suzanne Kala Lobé : Il tournait ses souffrances en dérisions
( | 06.10.2006 | 30802 hits  | 0 R)

  Rires et larmes pour un poète bantou : Trente jours pour rendre hommage à Eboa Lotin
( | 06.10.2006 | 36893 hits  | 2 R)

  COMMUNAUTE URBAINE DE DOUALA
( | 04.10.2006 | 23903 hits  | 0 R)

  ENCORE ET TOUJOURS LE HAPPENING; par Sam Ekoka Ewande
( | 04.10.2006 | 23289 hits  | 0 R)

  Christine Njeuma: Cameroon´s Pioneer Female Pilot
( | 28.09.2006 | 31224 hits  | 0 R)

  Sarah Etonge, one of the greatest Sawa woman athletes
( | 28.09.2006 | 26490 hits  | 0 R)

  Bana Ba Nyué de Adrien Eyango
( | 28.09.2006 | 17360 hits  | 0 R)

  L’Ecole Maternelle est le Cimetière de nos Cultures et Langues
( | 27.09.2006 | 21184 hits  | 0 R)

  Sawanité : La rentrée
( | 24.09.2006 | 23969 hits  | 0 R)



   0 |  1 |  2 |  3 |  4 |  5 |  6 |  7 |  8 |  9 |  10 |  11 |  12 |  13 |  14 |  15 |      ... >|



Jumeaux Masao "Ngondo"

Remember Moamar Kadhafi

LIVING CHAINS OF COLONISATION






© Peuplesawa.com 2007 | WEB Technology : BN-iCOM by Biangue Networks