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25.10.2008

Nécrologie : Hoïgen Ekwalla est décédé 

Musique : Hoigen Ekwalla s’en est allé 

Écrit par Carole Yemelong

Son dernier album doit sortir en février 2009.
Le 31 décembre 1990, sur plateau de télévision de la chaîne nationale camerounaise, des artistes défilent. Jusqu’à l’arrivée d’un homme. Pantalon lin blanc, dont les plis bougent au rythme du Makossa, une paire de lunette noire, même couleur que la chemise, l’homme répète de sa voix suave “ femmes il faut supporter, c’est le mariage ” des applaudissements crépitent.

Dans une famille ou on regarde le spectacle, la mère s’écrie :

“ Cet homme est beau, il sait parler aux femmes ” le père fulmine, se saisit de la zapette et change de programme. “ Tu iras donc le trouver ”, lance-t-il, pince sans rire. Mais il revient juste après a de bons sentiments, le makossa inonde alors la salle de séjour. Hoigen Ekwalla a réussi une fois de plus à séduire les mélomanes.

Des anecdotes comme celles-ci fusent de partout, depuis l’annonce du décès de l’artiste, jeudi. A 49 ans, il s’est éteint a l’hôpital Laquintinie de Douala, “ après quelques jours seulement de maladie ” murmure Nyango,la nièce qui partageait avec lui la maison familiale, à Deido, depuis 2001. “ Mon oncle était très introverti, timide à la limite ”, témoigne-t-elle. Mêmes mots chez Ndemba Tanga, l’homme qui a produit le 2ième album de l’artiste. “ Il est venu me trouver à Paris vers 1980, il était très travailleur et je l’ai appuyé ”, raconte l’homme amaigri, les yeux fixant un point invisible à l’horizon.

Hoigen Ekwalla, de son vrai nom Ekwalla Mpouli Eugène, est orphelin de père dès l’age de 5 ans. Encadré par sa mère et sa sœur aînée, le jeune homme dès l’adolescence est porté vers la mécanique. Il l’apprendra au collège de la salle à Douala. “ Dans un de ses clips, il dépanne une voiture, il ne fait pas semblant. C’était son premier métier ”, explique un membre de la famille explorée.

Mordu de musique, Hoigen se lie d’amitié avec Djene Djento. Ensemble, ils écument les cabarets de la ville. “ Le grand frère Kotti François lui permet de chanter pour la première fois dans un groupe. Très doué à la guitare, il s’envole pour paris a la fin de 1980 pour son 1er album ”, raconte Djene. Jean Louis Mpouli Ekwalla, le fils de Hoigen, réécoute sans cesse les chansons de son père depuis son décès. “ C’est de moi qu’il parle dans la chanson Mimi, ça force c’était sa guitare, mon père jouait toutes ses guitares dans ses chansons. Il allait en studio avec elle. Il me l’a ramenée lors d’un de ses séjours. Je la partageais avec lui. Je suis obligé de prendre le relais ” Pas de pleurs, juste une douceur à l’évocation des souvenirs.

Hoigen Ekwalla a passé ses deux dernières années à mimer de nouvelles chansons. “ Il les a même enregistrés, mais il était découragé par la piraterie ”, explique celui qu’on appelle à Deido “ dans la joie ”, du nom d’un album de son père qui a beaucoup marché. Djene D ajoute qu’ “ ils devaient se rendre tous les deux en février 2009 à Paris pour la sortie de cet album ”.

Hoigen Ekwalla laisse une mère inconsolable et une sœur aînée. Elles répètent, entre deux larmes, que la vie n’est pas comme ça… “ Longue di titi nika ”


Le chanteur de makossa s´est éteint hier à Douala, des suites de maladie.
Eugène Dipanda

La grande famille des artistes est de nouveau sous le choc de l´émotion. Moins d´un an après Tom Yom´s, elle vient en effet de perdre un autre de ses membres de grande notoriété. Il s´agit de Eugène Ekwalla, plus connu sous le prénom de Hoïgen. L´artiste est décédé hier, jeudi 23 octobre 2008 vers 10h, à l´hôpital Laquintinie de Douala. Il était malade. Des indiscrétions parlent d´insuffisance rénale et de complications au niveau du cerveau. Des affections que le chanteur, disent certains de ses confrères, traînait depuis de longs mois et qui lui ont fait perdre énormément de kilos ; mais dont la gravité s´est réellement manifestée il y a deux semaines exactement.

"Depuis qu´il a été admis à l´hôpital, ses confrères musiciens ont été à ses côtés jour et nuit. Nous étions convaincus qu´il se remettrait. Parce qu´il a longtemps combattu contre la mort, et avait gardé une certaine bonne humeur. A son chevet, c´est d´ailleurs lui qui nous faisait des blagues. Le destin en a décidé autrement, hélas, au moment où on avait l´impression que tout allait mieux…", témoigne Macky Claude, confrère et ami intime du défunt.

Quelques minutes seulement après l´annonce du décès de Hoïgen Ekwalla, la nouvelle a parcouru toute la ville de Douala et au-delà. Certaines radios locales ont fait des "Breaking News" à l´occasion. Le domicile familial du défunt situé au quartier Bonatéki (Deido), a aussitôt été pris d´assaut par une population compatissante. Parmi la foule, des artistes forcément. Ils s´y sont spontanément déplacés par vagues. Comme s´ils voudraient voir avant de croire.

On reconnaît Flavy Nono, qui semble avoir perdu l´usage de la parole. Nadia Ewandè, par ailleurs proche parent du disparu, a les yeux rougis par les larmes. Djenè Djento, Marco Mbella, Emma Balo, Charly Nellè, Macky Claude, etc., sont également là, l´air abattu. Autour d´eux, quelques membres de la famille ont entonné un interminable concert de pleurs. Des femmes en kaba, toutes en sanglots, n´hésitent pas à fredonner certains titres célèbres de Hoïgen Ekwalla. L´émoi et la tristesse se lisent sur tous les visages. La réalité est bien là : celui qu´on appelait affectueusement "Coco", est bel et bien mort…
Hoïgen Ekwalla est donc parti. Il laisse néanmoins un important héritage musical à la postérité.

Pendant plus de deux décennies, il a fait danser les mélomanes les plus exigeants. Au point de devenir, au fil des albums commis, une authentique icône du makossa, un rythme qu´il a amplement contribué à valoriser. Même après sa mort, des chansons à succès de Hoïgen Ekwalla continueront, en effet, de bercer ses millions de fans. A l´instar de "Ami mon ami", "Onguelè to mba", "Vérité", "Ye ndedi", "Londo", "A Ndo". Des titres dont de nombreux Camerounais connaissent les refrains par cœur, et que les radios et télévisions basées à Douala n´ont pas arrêté de diffuser depuis hier. A l´occasion des obsèques de l´artiste dont la date n´est pas encore fixée, ses confrères promettent déjà de lui rendre un hommage bien mérité.


Hoïgen Ekwalla quitte la scène (Le Messager-24.10.2008)
La nouvelle, à l’image d’une traînée de poudre, a parcouru les coins de la ville de Douala hier jeudi 23 octobre autour de 9 heures. Hoïgen Ekwalla a rendu l’âme à l’hôpital Laquintinie des suites de maladie. En effet, il avait été interné depuis deux semaines au pavillon Samuel Kondo. Des sources proches de la famille indiquent qu’il souffrait d’un trouble au cerveau qui a eu des répercussions sur le reste du corps notamment aux reins. A son domicile situé à Deido, non loin du mythique cabaret Les mélodies d’antan dans lequel il a presté de son vivant, c’est la stupéfaction et la désolation sur tous les visages. Sa nièce Ekamby Jeanne est inconsolable. «Je vis avec Tonton Hoïgen depuis 2001. Il était attentionné et plein d’affection. Il avait un esprit paternel et répandait la joie de vivre», raconte-elle en larmes.

Issu d’une idylle entre feu Mpouli Ejenguele Samuel et Mbango Nyamè Thérèse actuellement en France pour des soins médicaux, Hoïgen Ekwalla voit le jour le 13 juin 1949. Après l’obtention d’un Certificat d’aptitude professionnelle (Cap) en électricité, il fait des stages d’imprégnation à la défunte Société nationale d’électricité (Sonel) puis à la Société anonyme des brasseries du Cameroun (Sabc) où il est recruté comme employé permanent. Auparavant, le virus de la musique l’avait piqué. Pour réaliser son rêve, il s’envole en 1980 pour l’Europe grâce à ses économies. Deux ans plus tard, il sert sa première galette musicale intitulée Ebola Ngosso. Dès lors c’est une carrière dans le show biz ponctuée par des spectacles inoubliables au Cameroun et hors du triangle national.

Il enchaîne des albums qui ont fait date avec en prime un makossa d’une pureté qui n’a d’égal que le talent d’un virtuose au parcours respectable. Chat Botté est disque d’or au Cameroun en 1988. Hoïgen est désigné artiste de l’année avec son titre à succès Mon amie vérité en 1994. Avec la poussée du piratage qui fait des ravages, il décide de ne plus commettre des albums sur le marché discographique. Son dernier tube remonte à 2003 avec Tendresse comme titre phare. Entre temps, l’homme s’offre un chemin dans les dédales alambiqués de l’import-export. Homme d’affaires, il ne quitte pas pour autant l’univers musical, son domaine de prédilection. Au moment où il passe l’arme à gauche, un album était en chantier, apprend-on auprès de la famille.

Exit donc le sourire communicatif qui ne le quittait guère. On se souviendra toujours de sa voix veloutée et de son look de crooner à l’élégance insolente. Son style musical qui puise dans les profondeurs abyssales de la culture camerounaise se décline dans le makossa, le blues, la salsa et bien d’autres. A quarante-neuf ans, Hoïgen Ekwalla a brisé le micro laissant ses confrères Guy Lobé, Macky Claude, Ekwe Silo, Henri Njoh sans voix.

Alain NJIPOU (Stagiaire)
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Chantal Epée : Hommage à Hoigen Ekwalla

Il s’appelait Hoïgen Ekwalla
Un chanteur ou artiste Camerounais vient de tirer sa révérence dans la fleur de l´âge. Même pas le demi siècle. Si près de nous au fond, nous rappelent nos propres finitudes. Mais par delà la tragique nouvelle l´état des lieux de la défense et de la promotion de la culture camerounaise est en jeu. Vampirisée de l´intérieur et à l´extérieur des artistes qui ont mis des danses éternelles dans nos mémoires,
ceux qui nous ont fait rire ou pleurer d´émotion meurent pour certains dans des condtions dramatiques. Que sont devenus nos grands anciens. Que sont devenues Rachel Tchoungui, Anne Marie Nzie ou Marthe Zambo ? Où résonne la voix d´Emile Kangue ? Que deviennent ceux qui font danser nos souvenirs ? En revisitant les anciens makossa je me surprends à découvrir des subtilités harmoniques que je ne soupçonnais pas. La musique Camerounaise abrite une forêt de personnes talentueuses qui méritent autre chose que l´indifférence. Et ceux qui sont au sommet aujourd´hui quels grottes d´oubli pour demain ? Je suis interpelée par l´organisation de la promotion des arts et de la culture dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso et nous qui étions les fers de lance de la musique africaine, nous dont les musiciens (bassistes entre autres) accompagnent les plus grands nous ne savons pas organiser la promotion de nos arts. Je ne parle pas de la photo, de la peinture, des auteurs, caramba on se réveille !
Savez-vous qu´en écrivant cet hommage à Hoïgen Ekwalla je n´ai trouvé une seule photo potable de lui ? Et il n´est le seul. j´ai vécu la même chose en rendant hommage sur mon blog à Tom Yoms. Il serait temps de penser à faire quelque chose non ? Il serait temps de ne pas nous contenter de voir la caravane passer et aboyer à chaque mort...
Jeudi 23 octobre, j’étais devant une salle de spectacle anticipant avec bonheur les moments que seule la musique, quand elle est bonne, me procure. En attendant que les portes s’ouvrent pour ouvrir une parenthèse enchantée de deux heures je devisais sur le trottoir avec des visages familiers venus au concert. Et voici qu’entre deux locutions, j’entends un  murmure qui résonne comme un explosion : « Hoigen Ekwalla est mort ». Cette nouvelle qui explose m’arrive comme importune, inappropriée, indécente. Indécente comme la mort qui frappe trop tôt. Obscène comme la mort qui vient inscrire une indicible plaie dans le cœur et dans les émotions d’une mère. Incongrue comme la mort qui vient priver d’un père ce fils dont il parlait dans sa chanson Mimi. Inconvenant comme la mort qui vient priver une sœur de son frère cadet. Face au flot qui monte sur ce trottoir parisien, mon refuge c’est le déni. Dénégation pour différer l’assomption de cette nouvelle, pour l’exporter de l’instant que je vis sachant que forcément elle reviendra.
Plus tard, quand la nouvelle trouve un chemin vers ma conscience, les souvenirs remontent et bizarrement ce n’est pas en premier le son de sa voix ou de sa musique, ce sont des images arrêtées issues de ma mémoire de lui. Image d’un sourire lumineux qui semblait vous inviter à lui sourire en retour, image d’une stature imposante et de trémoussements sur fond d’une musique que je n’entends pas. Je le vois bouger, je n’entends pas la musique, comme pour me dire que la voix s’est éteinte, comme pour me rappeler que derrière la figure publique il y avait l’homme et que les plus grandes douleurs sont celles de ceux qui viennent de perdre l’homme privé. Mes empathies s’élargissent vers eux forcément. Je lui découvre au fil des hommages une mère, une sœur aînée, un fils, une nièce et bien que sachant que la liste des blessés de l’intime n’est pas exhaustive ces quatre figures me touchent et m’émeuvent.
Mourir à 49 ans ! Perdre la vie à un âge où la maturité et l’expérience permettent aux hommes et aux artistes de savoir où ils veulent aller et leur donne d’offrir des œuvre plus abouties qu’avant pour peu qu’ils ne cèdent pas à la tentation de la facilité.
Hoïgen Ekwalla, découragé comme nombre de ses confrères par la piraterie qui gangrène le monde musical au Cameroun (selon le chanteur, la piraterie était en elle même une industrie) et peut être aussi par les hérésies des sociétés des droits d’auteurs avait pris le parti de renoncer à s’exprimer par la musique en 2003. Cinq années de silence qui ont dû lui être difficiles. En effet, quand on est artiste et que l’on chante parce que cela participe de ce que l’on est, être privé de la possibilité de s’exprimer doit faire lever parfois de sourdes agonies. Quand on chante parce que l’on a des choses à dire par delà les désirs de reconnaissance et de célébrité qui font pousser sur la scène musicale camerounaise des « chanteurs » au talent discutable, et que des raisons telles que la piraterie vous contraignent au silence, de secrètes douleurs doivent naître en celui qui se tait. Un artiste bâillonné hurle de l’intérieur. Si l’on en croit ses proches parmi lesquels Djene Djento, Hoïgen Ekwalla  s’apprêtait à revenir avec un album en 2009 et voici que la mort, traîtresse, a interrompu le vol d’un autre artiste de chez nous. Fauché dans son élan de vie.
Il y a quelques jours en effet, le Cameroun perdait un de ses bassistes de talent Doumbe Djengue foudroyé par la maladie à quarante cinq ans. Il y a quelques jours j’assistais à l’adieu douloureux de cet homme au sourire invitant. Et qui ne se souvient de la claque prise à la nouvelle de la mort prématurée de Tom Yoms ? Et je ne cite que ceux là. Et voici que Hoïgen Ekwalla est fauché dans la fleur de l’âge, dans cet âge où le potentiel artistique, intellectuel et humain se rencontrent dans une belle maturité et peuvent permettre d’intelligentes évolutions artistiques et offrir de belles œuvres au public. Des points de suspensions disent désormais l’inachèvement d’une vie et d’une carrière artistique ravies en plein vol.
Si nous connaissons un peu l’artiste, si nous regrettons les richesses qu’il ne dévoilera pas, mes pensées vont vers sa mère, sa sœur aînée, sa descendance et tous les siens qui eux, perdent l’homme dans les coulisses.
Je ne prétendrais pas avoir été une inconditionnelle de Hoïgen Ekwalla, mais ses succès ont accompagné mes danses d’adolescente et de jeune adulte. Je me souviens que de le voir danser nous faisaient rire mes amis et moi et nous essayions de reproduire ce mouvement particulier qui allait de la tête aux pieds, la tête et les épaules s’accordant pour une indescriptible cadence. Hoïgen Ekwalla n’était de toute évidence pas un danseur ! L’expression « shuba shuba » est de celles qui fait sourire mes souvenirs parce qu’elle ouvre les boulevards de la mémoire ramenant les rires et les insouciances des temps d’avant. La musique a cette force, celle de s’unir comme une seconde peau à nos souvenirs et il suffit de quelques notes pour ouvrir la mémoire. J’ai aussi le souvenir qu’il est de ceux qui n’avaient pas dénaturé l’essence du makossa par d’insupportables tentatives hybrides pour attraper quelque succès, et qui accouchaient d’hérésies sonores. [...]
 

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