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01.02.2011

CES ROIS DES BERGES DU WOURI 

Mes chers lecteurs, en attendant que je mette ma bibliothèque et mon site à la disposition du grand public, il est des choses sur lesquelles nous pouvons discuter qui peuvent vous édifier sur mes connaissances de l’histoire concernant notre ville (ma bibliothèque) et sur les mensonges que j’évoque et qui pour moi sont à mettre sur le compte des historiens véreux. Seulement, ces historiens se dédouanent en disant qu’ils tiennent ces informations de père en fils. Pourtant, le rôle de l’historien ne devrait pas se limiter à la consignation et la mise des informations à la disposition du grand public ou à la simple transfusion transgénérationnelle de celles-ci. Mais à un travail d’enquête, de recoupage et de synthèse de l’information auquel devrait s’ajouter la probité intellectuelle et beaucoup de bons sens.

Tenez par exemple, l’histoire Douala aligne une série de Rois qui auraient régné sur les berges du Wouri depuis l’installation du groupe Bonambèdi. Entre autres ; Ewalè, Moulobè, Massè, Njo, Ngiyè, Makongo, Döo, Kwanè pour ne citer que ceux là. Source d’intrigues et de contradictions entre les deux lignages Bonewalè des berges du Wouri, ces querelles sont encore d’actualité. Ignorant complètement les Bodjongo, leurs thèses s’accordent à soutenir que Moulobè serait le dernier Roi qui aurait régné sur les deux foyers Bonambèdi des berges du Wouri à savoir, les Bodjongo et les Bonewalè. Et que juste après sa mort s’est posé un problème de succession qui à abouti à la séparation du clan. Pour les adeptes de cette thèse, le schisme remonterait alors à l’époque de Ngiyè et de Massè. Seulement comme d’autres, les sources Basaa indique que Massè était une femme ; l’épouse d’un certain Mapoka ma Bodjongo. Et que ce dernier (Mapoka ma Bodjongo), ainé des fils de Bodjongo et ainé des enfants des deux foyers Bonambèdi  des berges du Wouri était aussi le chef de cette famille au moment de son installation sur les berges du Wouri.

Relevons ici que de Piti à l’île de Manoka (et même avant), de part même son surnom, Bodjongo (‘’la flèche’’, relativement au combat livré le long du parcours migratoire), tout semble indiquer que Bodjongo était le leader de ce groupe. Relevons aussi que c’est au niveau de Piti qu’Ewalè prend femme. Ce qui suggère, vu les usages de cette époque, qu’à cette étape, Ewalè était un jeune homme d’environ 20 ans. Pourtant, Bodjongo est déjà père de famille. Si Bodjongo était alors l’ainé d’Ewalè et que son fils Mapoka était l’ainé de Moulobè, ceci ne donne-t-il pas raison aux Basaa qui affirment que c’est Mapoka qui était considéré comme le chef des deux foyers Bonambèdi sur les berges du Wouri ? Ce qui justifie les velléités des fils de Njo (les Bonanjo), le premier fils du couple Mapoka/Massè à régné sur les Bonewalè et les Bodjongo car, lié à ces deux familles par leurs parents. Ces éclaircissements écartent immédiatement deux supposés Rois ; Ewalè et Moulobè de cette longue liste de ‘’Rois’’.

Maintenant, revenons sur le théâtre des opérations qui n’est autre que les berges du Wouri pour soutenir qu’aujourd’hui, il ne fait point de doute qu’au moment où les deux foyers Bonambèdi accostent sur l’embouchure de la Bessèkè, les deux rives du Wouri sont occupées. Comme il est aujourd’hui reconnu au sein des deux peuples que le groupe qui arrive ne soumet pas le groupe trouvé sur place mais que c’est celui-ci intègre les nouveaux arrivants, c’est à ce niveau que nous interpellons le bon sens du chercheur. Car, même si ce peuple avait des grand Rois à son arrivé, une fois intégré, ces Rois étaient assujettis aux organes de direction trouvés sur place. Certes, même refugier, un Roi reste un Roi mais, un Roi assujetti à  l’autorité du Roi du territoire d’accueil.

C’est à ce niveau que je doute de la sincérité du groupe Douala à traiter les Basaa comme un peuple frère, digne de ce nom et à respecter.  Car, oser dire qu’Ewalè a régné sur les berges du Wouri, que Moulobè, que Njô, que Makongo... en d’autres termes voudrait tout simplement dire que les Bonambèdi ont soumis les Basaa à leur arrivée. Justifiant les termes ‘’Basaa Bakom’’ (Basaa esclave). Bien que ces termes tendent (par pudeur) à disparaitre aujourd’hui dans le langage, il reste intact dans les consciences et comportements. Et lorsque les Basaa s’offusquent de cette imposture, ils sont traités d’aigris et de jaloux. Pourtant, une autre façon d’écrire l’histoire des berges du Wouri, dans la vérité et le respect de l’autre est possible.

Les Basaa n’ont jamais traité leur frère Bonambèdi d’esclaves que je sache ; au contraire. Pourtant dans leur position de peuple d’accueil ils le pouvaient bien. Surtout que selon René Gouellain, le peuple Douala est aujourd’hui au 2/3 issus d’esclaves. Voici ce qu’il dit :

« Les Douala eux-mêmes se repartissent en trois classes  sociales : les hommes libres, ceux nés de père libre et de mère esclave, et les esclaves proprement dits formant à eux seuls les deux tiers de la population totale, qu’on évaluait à environ 30.000 personnes »1.

(1)- René Gouellain « Douala ville et histoire » Paris p. 47. 1975 Paris

Pourquoi cette fuite en avant ?

Revenons à nos deux Rois ; Ewalè et Moulobè pour soutenir que du vivant de ces deux individus,  la famille Bonewalè comptait à peine deux adultes ; Ewalè et son fils Moulobè. La famille de Bodjongo comptait à peine 4 adultes ; Bodjongo et ses fils ; Mapoka, Ebokéa et un certains Body. Soyons réaliste, un si petit nombre peut-il suscité un Royaume et des Roi ?

En dehors du patriarche Saa qui à marqué à jamais l’histoire des berges du Wouri, en donnant son nom à la région, entre le 16 et le 18e siècle, deux chefs (Roi) ont marqué de leur empreinte l’histoire des berges du Wouri, il s’agit du Roi Ewouma Kul et le Roi Manoba que Jean Vanesson a peint comme étant :

 « Le Roi le plus puissant de la côte Ouest Africaine » [1].

Et qu’Olivier Dapper a dit :

 « Qu’il régnait sur la rivière Cameroun à partir d’une grande ville, la capitale de tous ces pays » [2].

Si Moulobè était Manoba et Roi d’une société Bonambèdi ici sur les berges du Wouri, pourquoi son fils légitime (Ngiyè) n’est pas reconnu comme celui qui l’aurait succéder. Pourquoi le fils d’un Roi aussi puissant n’a pas régné sur les berges du Wouri ? Si la réalité écarte Moulobè de la short liste des supposés Rois Douala alors que l’histoire Douala jusqu’à date laissait croire que parce que son nom serait proche de Manoba ou Monoba, Moulobè serait  ce Roi donc parle Jean Vanesson  et Olivier Dapper.

Or, les berges du Wouri avaient quelqu’un d’autre  dont le nom est plus proche du nom Manoba ou Monoba, et dont l’histoire a retenu qu’il est allé au Portugal apprendre l’intermédiation au profit des populations qui avaient encore des difficultés à échanger avec les Européens du fait de la différence des langues. Il s’agit de Mapota. L’histoire a aussi retenu que cet individu était le gendre du tout dernier patriarche des berges du Wouri ; le patriarche Hom (Ewouma). Simple intermédiaire/traducteur au départ, il en deviendra le régent du fait de l’âge avancé de son beau-père. C’est ainsi qu’après la mort de ce dernier, il en deviendra le Roi.

Mais qui était Mapota, qui est plutôt connu chez les Douala sous le nom Mapoka et comme fils de Ngiyè ? En effet Mapoka ou Mapota était le premier fils de Ngiyè. Mais au moment où la famille d’Ewalè à la suite des Bodjongo arrive sur les berges du Wouri, le seul site capable de les accueillir par ce que moins occupé est le site d’Akwa-Nord. Ce territoire connu sous le Dumu est contrôlé par le patriarche Bong qui a sa seule fille comme héritière. Comme la tradition Basaa instruisait que tout individu ou famille pour se voir intégré devait prendre une fille dans sa famille d’accueil, cette même tradition instruisant aussi qu’une fille unique ne devait pas aller en mariage, pour permettre à Ngiyè, le fils par qui devrait se matérialiser cette intégration, d’avoir une descendance, il fut décidé de la fusion des deux familles. Et le premier fils de l’union de Ngiyè avec Ngo Djon (moudjonguè) devait revenir au patriarche Bong. D’où le surnom Mapota qui veut dire en Basaa, ‘’donner une partie’’ de son vrai nom Kouo, il est aujourd’hui confondu à son fils Kul (Nku) qu’il donna lui aussi (presque dans les mêmes conditions) à son beau père Ewouma. Il est donc clair que Mapota  (Kouo) né des entrailles de Ngiyè par un pacte devint le fils du patriarche Bong. Lorsqu’il épouse la fille du patriarche Ewouma, son beau-père qui est sans enfant mâle depuis la mort de son   fils Mben, à la demande des commerçants Européens l’envoie en Europe. A son retour d’Europe Mapota assiste son beau-père dans la gestion des affaires du pays. C’est tout naturellement qu’à sa mort, Mapoka devient le régent connu à l’extérieur sous le nom Manoba.

S’il est donc vrai que Mapota (Manoba) a succédé à son beau-père Hom Kul (Ewouma Tongo), le Roi des berges du Wouri, un Basaa, cette réalité ne nous oblige-t-elle pas à reconsidérer toute l’histoire politique des berges du Wouri et s’ajoute à cette réalité le fait que c’est un des petit fils du même Ewouma (Ngando) qui viendra mettre un terme au pouvoir débordant de Belè ?  De cette longue liste, seul Ngiyè reste en course.

Peut-on expliqué aujourd’hui comment le pouvoir aurait échappé aux descendants d’Ewouma, les Bonaku pour se retrouver pour un temps chez les Bonadoo ? Ça, c’est une autre histoire. Retenons tout simplement que dans la société Basaa, en respect de ses us et coutumes, c’est à partir de la génération de Makongo qu’un élément d’origine Bonambèdi pouvait prétendre à un quelconque poste de responsabilité sur les berges du Wouri. C’est d’ailleurs pour cela que les faits montrent que Doo est le premier Roi d’origine Bonambèdi sur les berges du Wouri. Mais, c’est l’opposition formelle des populations à la volonté de Mapota de laissé le pouvoir à un de ces petit fils qui favorisera l’accession de Dôo à la direction des berges du Wouri. Mais, à la fin de son règne, lui aussi succombera au même appétit.

Vivement vos réactions

Article Ecrit par : EKWE Roger Mardochée (De Logbessous)

© Peuplesawa.com

 

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