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19.07.2006

Sawanité: l’appel du large ou la rencontre avec nos cousins d’outre Campo 

Un des principes fondateurs de la Sawanité, ne l’oublions jamais mes frères et soeurs, c’est unir sans confondre et par ailleurs distinguer sans séparer.

A bona bam binyo monè !

L’identité est toujours une racine. Mais ce n’est pas une racine pivotante unique qui, comme une mauvaise herbe, tue autour d’elle ; c’est une racine en rhizome. Une racine à multiples ramifications.

Bien souvent il nous est difficile de concevoir que notre gracieuse identité de Sawa, dans la pureté et la singularité que nous lui prêtons, puisse s’encombrer d’autres embranchements. Et pourtant, Mboa, au large de Souélaba ou outre Campo vers ces espaces magiques où terres, mers et cieux se confondent, la Sawanité dans l’extension de sa racine nous mène inexorablement vers des Sawa. C´est-à-dire vers d’autres frères et sœurs Sawa qu’une délimitation datant du siecle dernier éloigne encore aujourd’hui de nous.

Mais puisque l’amour qui vit dans nos cœurs surplombe encore et toujours toutes les frontières terrestres et se repend partout comme le ciment de nos conviction les plus nobles, il m’a semblé, le temps d’un mini voyage familial à Bata (Guinée Equatoriale), de sortir de notre confort communautaire de côtiers camerounais, de bousculer l’imaginaire habituel et d’aller à la rencontre de cette autre fraternité : les Sawa au-delà de vallée du Ntem.

Bonoho, Myene , Bapunu, Bakota ou Batanga sont par exemple ces frères outre campo.

Mais ne nous y trompons pas la première des barrières érigées entre eux et nous ce ne sont pas des babelées, vous pensez bien ! C’est le préjugé. Le préjugé comme toujours est la première pierre du mur de la séparativité.

Heureusement que là où est règnent l’accueil et la cordialité, les murs de la séparation et des malentendus s’écroulent.

Puisse que la Sawanité a fait le sage choix de préférer la construction des solidarités aux déchaînement des rivalités et que le Nouvel age (si je puis dire) de notre fraternité exalte davantage la reconnaissance et le mérite d’autrui, je remercie solennellement ici ces frères de Bata (Fernando Botouli, Salvador Ekwe…) qui, chez eux, ont bien voulu m’ ouvrir leurs arcanes d’honorables côtiers qu’ils sont.

Si la sawanité peut oeuvrer dans la mission civique de dépassement des conflits interfrontaliers et pour l’apaisement international nous y gagnerons tous.

Parcequ’il est douloureux et surtout méconnu suite au fait colonial, la question de cette autre fratrie du Golfe de Guinée(comme d’autres questions d’ailleurs) reste fondamentalement délicate. Mais puisque ce site veut être ce lieu de proximité où vivent, s’expriment et se déploient des débats humanistes et structurants, on mesure rapidement le manque à gagner qu’il y aurait à éluder des débats de fond.

C’est donc à nous et à nous seulement qu’il reviendra de descendre aux hypostases, aux étages en dessous de notre essence. Parcequ’il y a des impératifs vitaux, il se passe dans nos familles d’étranges héritages mémoriel, sans transmission, dans le silence qu’il faut aujourd’hui fustiger au risque d’une rupture avec l’idéal d’érudition que nous revendiquons.

A Bona Bam Perdre le passé n’est pas grand-chose comparé à perdre le futur dans lequel ce passé s’est projeté. On ne solde pas ses comptes avec seulement de l’argent ou des armes. Mais bien souvent aussi avec un regard courageux et flegmatique de l’Histoire.

Seulement, regarder l’histoire en face n’est pas seulement se lamenter et faire reconnaître sa maltraitance, il faut plus loin. Il faut aussi donner une place à l’allégresse d’une fraternité retrouvée et en même temps refuser à nouveau d’être la victime exemplaire et docile des l’exploitations potentiellement à venir. Et c’est là l’une des pierres angulaires du témoignage du Prince Kum’ a Ndoumbe III

Mes frères et sœurs, il me semble que ce que la victime Sawa désire aujourd’hui, c’est de ne plus l’être. Si notre Sawanité veut rendre possible une communauté de destin, un sursaut mémoriel fort et expressif s’impose. Le message du Prince Kum a Ndoumbe III est donc au fond une invitation franche et sans équivoque dans ce sens.

Sans avoir à sombrer dans l’obsession mémorielle encore moins dans le désespoir et d’acrimonie, le Prince Professeur Kum’ a Ndoumbe III dans sa lucidité critique et son regard distancié des faits historiques nous apprend à crier justice face aux exactions des maîtres d’hier.

Son éclairante synthèse historiographique des faits coloniaux est un apport essentiel d’une grande exigence morale et intellectuelle. Sur un sujet aussi éclaté, aussi ample et aussi polymorphe que les spoliations inhérentes à la colonisation germanique, il a pu se démarquer de l’ersatz imposé par l’hégémonique pensée occidentale sur la question.

Sans image dépréciative des acteurs ni analyse caricaturale des faits, il a su dire avec le ton le plus solennel qui soit, des choses simplifiées mais vraies, nettes mais subtiles de notre histoire.

Voila un relais nécessaire à la transmission des mémoires et à la construction d’identités. Voila un message d’une forte prégnance symbolique pour la jeunesse Sawa en particulier ; et Camerounaise en général.

De la vieille tradition de déplorations désespérées et désespérantes, il a là aussi su ressortir la nécessité vitale du rachat mémoriel avec une dimension véritablement épique tout aussi importante.

Enfin, dans ses multiples travaux il a su mettre à nu le caractère outrageusement déréalisant de l’idéologie colonialiste. Il est même allé jusqu’à trouer le silence honteusement coupable d’occultation de l’histoire des auteurs du pont métallique d’Edéa. Il a tout simplement mieux approfondi la réflexion sur ce que bon nombre d’entre nous considérions comme les déficiences conceptuelles de la pensée colonialiste. Avec lui, l’histoire Sawa, même face aux astreintes du roman national camerounais, ne peut être effacé comme un tableau noir.

Cependant il tout simplement souhaitable qu’il ne faudrait en aucun cas opposer la morale à la politique, ni la réflexion éthique à la connaissance de l’histoire, qui est le seul domaine où peuvent se réaliser les faits qui sont jugés dans le développement même de l’analyse, dans la sélection même des documents, dans la vision personnelle des priorités politiques que possède, tout curieux et ressortissant Sawa.

Ce qui m’inquiète malgré tout, c’est que, dans l’intention européenne de vouloir réduire le colonialisme à un fait accidentel dans le sens le plus infime, elle soit en train d’arracher de son contexte ce qui s’est passé en réalité de façon organisée et de lui enlever son vrai sens criminel.

Point n’est besoin de rappeler ici la longue litanie des actes barbares perpétré sur notre côte, à ce qui fit son destin sanglant, à ce que proclame pourtant notre espoir. Point n’est besoin de redire que la lettre du Prince Kum a Ndoumbe III nous rappelle la longue agonie de ceux qui seraient arrêtés, déportés, pendus. Point n’est besoin de dire ici ce qu’il fallut alors de courage à ceux qui osèrent s’opposer, à ceux qui dirent non, ce mot non, fermement opposé à la force et qui possède la puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles, ce mot non qui n’appartient qu’aux Sawa infiniment libres et qui fait d’eux des vainqueurs, car l’esclave, lui, dit toujours oui.

Duala Manga Bell, Chef Madola,Ngosso Din, Ebue Etongo,Ekand’a Ngongui, Chef Nfomou, Njondjet… et bien d’autres n’étaient, pas eux, des esclaves !

Comme Le prince Kum ‘a Ndoumbe III , mes frères, mettons à contribution, dans une continuité d’efforts coordonnées, cette force de l’âme et cette clarté de l’engagement qui est en chacun de nous au plus fort du processus de maturation de la Sawanité.

Aussi puéril que soit et, à l’extrême aussi consternant que condamnable, il serait incompréhensible de ne pas poursuivre, même intérieurement le combat du Prince Kum’ a Ndoumbe III. Le Pacte des Générations est et reste avant tout une histoire de transmissions. Transmissions de valeurs, de combats mais aussi d’espoirs vers chaque fils et fille Sawa.

Et comme pour ma part, je pense que chaque enfant Sawa est avant tout un ‘’projet’’ en lui-même en ce sens qu’il est porteur d’un destin. L’histoire des transmissions est donc notre destin de côtier.

Certaines mauvaises langues de la République, heureusement en petit nombre, dans leurs vitupérations habituelles, nous affublent d’oripeaux dégradant de tribalistes.


Pourtant notre Sawanité avance au rythme de ses propositions qui sont sa juste mesure. Ce n’est pas facile j’en convient. Seulement de même qu’il n’y a d’autre difficulté dans le devoir que de l’accomplir, il n’y a n’existe d’autre grand plaisir que d’en découvrir sa richesse.

Frères et sœurs Sawa, je suis de ceux qui pensent que destin de l’enfant Sawa est dans sa souffrance à conquérir le bonheur, mais cette souffrance à conquérir le bonheur est aussi la rançon de sa grandeur d’esprit à travers les générations et parmi d’autres Africains.

C’est cette grandeur d’esprit que la Sawanité a décidé de défendre par le biais d’une réflexion morale sur la solidarité, sur le ‘’dia dia’’.

Voila pourquoi, enfant Sawa, si ton frère dans sa marche, a perdu l’étincelle de sa luciole à la défaveur de la rosée matinière, rallume pour lui la torche de l’écoute fraternelle. Guide le, inspire le ; plutard, votre crépuscule sera celui de la jubilation de l’amour fraternel. La Sawanité commence à la base par cette disponibilité civilisationnelle qui prédispose à l’altruisme.

Parceque nous sommes à la fois séparés par les langues et les us mais néanmoins unis par des interrogations communes qui nous hantent ; nous Sawa du XXI ème siècle avons réellement besoin d’une nouvelle conscience historique pour réaliser enfin une vraie communauté de destin.

Avec cette Sawanité qui se meut, il n’est pas question d’une nouvelle religion civile, mais bien d’une prise en compte de la fécondité de nos différences comme moteur d’une irrésistible retrouvaille entre enfants des flots.

Aussi m’empresserai-je de rassurer le frère Mawel Ma Ngoué (dont la crainte a été publiée dans le forum du site) que la Sawanité n’est pas ce facile repli communautariste envers et contre les autres Camerounais mais bien une réflexion ’’communautarienne’’ pour notre devenir à nous.

La genèse et les fondamentaux de la Sawanité, pour peu qu’on se donne la peine de lire les différents articles postés sur ledit sujet, se trouvent consignés sur l’historique ce site.

Les pensées infiniment riches des différents frères et sœurs se traduisent aisément par des discours qui se délestent de tout mimétisme par rapport à la conscience traumatique que nous imposent les faits historiques et les craintes contemporaines. Bienséantes autant que romantiques, les positions et les thèses ici défendues sur les sujets sociétaux Sawa sont tout simplement réalistes.

Absolutisés dans des compliments souvent adulateurs, d’homme élégamment réservé, l’enfant Sawa s’est longtemps vu mis en demeure de résoudre des problèmes radicalement étrangers à son expérience de côtier. Il est aujourd’hui nécessaire que sa charité soit bien ordonnée.

Nous à peuplesawa.com avons fait le choix de dérouler tous jours le tapis du respect, de l’encouragement et de l’amour, de secouer la poussière de notre insouciance d’humain. Le dialogue des cultures cohabitantes du littoral camerounais n’aura pas facilement lieu sans cette recherche scrupuleuse et exhaustive du lien profond qui nous unis, sans ce dépouillement de l’apparence et des certitudes trompeuses, cette rupture avec les illusions collectives, tellement confortables.

Ni idéologies, ni pensée de système ne nous aideront à filtrer la quintessence de nos potentialités pour en extraire l’élixir de fraternité inconditionnelle et totale. Alors, seul la démarche analytique pourra nourrir le débat sur notre Sawanité et amener (comme c’est le cas aujourd’hui avec la Prince Kum a Ndoumbe III) à oeuvrer pour le Pacte des Générations.

C’est aussi la raison pour laquelle plusieurs frères et sœurs intervenants sur ce site nous rappellent méthodiquement quelques repères de conduite capables, chaque jour, de réécrire la paix et l’amour entre Sawa.

Si la liberté est la plus haute aspiration de l’homme sur terre, l’amour est probablement sa plus belle inspiration de tout les temps.

Avec toute ma considération

R.Mandjombe

Telecharger et lire L´histoire de Mboa Manga, les descendants BATANGA de Lobe Bell (en allemand) ici. Cette histoire a une forte connotation coloniale; elle ne presente pas les éléments d´un point de vue Afrocentrique.

 

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